Cette année, le vélo (ou plutôt son ancêtre) fête ses deux siècles d’existence !

 Jusqu’au début du XIXème siècle, le cheval était le principal moyen de déplacement -pour ceux qui avaient la chance d’en avoir, le reste de la population se déplaçant à pied. Mais au cours de l’année 1816, une catastrophe climatique titilla l’esprit d’invention humain et donna naissance à l’ancêtre de notre ami à deux roues. A la suite de l’explosion d’un volcan, de fortes perturbations climatiques ont décimé les récoltes et provoqué la mort de milliers de chevaux. L’allemand Von Drais a alors eu l’idée de recréer une sorte de cheval de bois avec des roues… Le vélocipède était né !

                                 

 Bien sûr, sans l’aide des pédales, l’engin ressemblait plus à une vulgaire trottinette qu’à un vélo en bonne et due forme, mais heureusement de nombreuses personnes se sont ingéniées à améliorer le concept, et un demi-siècle plus tard, le fameux vélocipède était devenu le dernier cri dans les promenades bourgeoises…

Au début du XXème siècle, l’engin est devenu accessible aux classes populaires, c’est ainsi qu’à l’invention des congés payés en France, les ouvriers se sont rués sur les plages, à bicyclette

Aujourd’hui, le vélo est le moyen de transport le plus efficace en termes énergétiques. Il est environ trois fois plus efficace en termes de dépense d’énergie par kilomètre parcouru que la marche à pied

Au-delà des innovations constantes qui ont eu lieu au cours des 150 dernières années, le principe de base de la bicyclette est resté le même. La simplicité du mécanisme lui donne une grande résilience et rend facile son appropriation par ses utilisateurs-trices. Bon marché à l’achat, gratuit puisque le carburant c’est nous, facile à réparer, le vélo est un moyen de transport simple, efficace, économique, plébiscité dans les zones les plus pauvres du monde.

Le photographe Steve Mc Curry a réalisé   une magnifique série de photographies sur les usages de la bicyclette dans les pays en voie de développement, qui nous rappelle une importante vérité : le vélo est d’abord et avant tout le moyen de transport de ceux qui n’ont pas les moyens. Dans les pays pauvres, en l’absence de toute politique publique favorisant son usage, le vélo est terriblement populaire en raison de son prix. Economique à l’achat, gratuit à l’usage et facilement réparable, le vélo classique a encore énormément d’atouts. C’est sa résilience qui lui permettra de gagner encore des places dans le futur.

Et aujourd’hui, la « plus noble invention de l’humanité » selon les termes de l’écrivain américano-arménien William Saroyan, peut nous aider à réinventer notre mode de vie urbain.

Le vélo, notre meilleur allié pour construire des villes durables

Les villes modernes sont construites autour des voitures. Au long du vingtième siècle, le progrès social et économique a été beaucoup mesuré à l’aune de l’accès toujours plus grand des classes populaires à la propriété de leur voiture. Et c’est aujourd’hui malheureusement le cas dans les pays émergents, comme la Chine, avec un gouvernement qui refuse de promouvoir l’utilisation de la bicyclette comme moyen de transport, considérant que pour entrer de plain-pied dans la modernité, le pays doit suivre le même chemin que l’occident il y a un demi-siècle. Ou avec l’Inde, qui pour pallier les problèmes de circulation à Calcutta, a décidé d’exclure les cyclistes de certaines avenues du centre-ville, empêchant de nombreux commerçants à vélo d’exercer lerus activités.

Or, comme le souligne Pierre Rabhi, loin d’être une solution aux problématiques urbaines modernes, la voiture est au contraire une  « invention faite du cumul de critères irrationnels. Une analyse objective nous permet de constater que nous avons affaire avec la voiture à un outil qui pèse en moyenne une tonne et demie pour déplacer des individus de plus ou moins 80 kilos. 80% du combustible destiné à le faire se mouvoir servent à produire de la chaleur et à permettre aux usagers de se gazer mutuellement et d’intoxiquer l’atmosphère. Cet outil a inspiré un mode d’organisation de l’espace de vie basé sur la dispersion avec un habitat éloigné des lieux de travail, de commerce, d’éducation… qui ne peut plus fonctionner sans lui. »

Alors que l’exode rural est amené à se poursuivre et qu’il est prévu que 70% de la population vive en ville en 2050, il est de plus en plus clair que les villes du futur ne peuvent pas, pour de multiples raisons, continuer d’être structurées autour des voitures.

Cette vidéo présente de manière simple les avantages à utiliser le vélo pour les déplacements en ville, plutôt que la voiture, sur le plan économique, de la santé et de l’environnement

Quand on pense à des villes pleines de cyclistes, apparaissent simultanément deux images : d’un côté celle des pays en voie de développement dans lesquels le vélo est le moyen de transport de celles et ceux qui n’ont pas les moyens, et qui circulent dans des conditions précaires et dangereuses en l’absence de toute infrastructure…

…Et de l’autre celle des pays scandinaves, planifiées, propres et écologiques, dans lesquels le vélo est un choix de transport des classes moyennes, cadres inclus, complètement facilité par les pouvoirs publics : un véritable paradis du vélo !

C’est que le monde du vélo se retrouve justement dans ces deux univers différents, justement parce que les bonnes raisons de l’utiliser sont économiques, écologiques, ou les deux à la fois.

Et justement, la transition écologique et l’inclusion sociale sont les deux grands défis des villes modernes, qui sont actuellement des espaces ségrégés et pollués.

Sur le plan écologique, d’abord, promouvoir l’utilisation du vélo permettrait de faire de nos villes des espaces avec beaucoup moins de pollution visuelle, sonore et atmosphérique bien sûr. A Copenhague, ville cycliste par excellence, l’utilisation massive vu vélo permet de produire 90 000 tonnes de CO2 en moins chaque année !

Sur le plan économique, rouler en vélo est le moyen de transport le moins cher après la marche à pied. Contrairement à la voiture, l’achet d’un vélo est en général possible pour de larges couches de la population, y compris dans des secteurs pauvres. Pour celles et ceux qui ne possèdent pas de bicyclette, les systèmes de prêts municipaux de vélos se développent, sur la base de la propriété collective des moyens de transports, financée par les services publics . Plusieurs études ont d’ailleurs montré qu’il permet d’aller en moyenne à la même vitesse qu’une voiture, voire plus vite aux heures de pointes au cours desquelles les bicyclettes, plus maniables et flexibles, décongestionnent le trafic.

L’exercice physique modéré que représente la pratique du vélo est aussi une solution aux problèmes de sédentarité de nos sociétés urbaines actuelles. Comme le souligne très bien Bill Nye,  « se déplacer en bicyclette sera un élément fondamental du futur. Il y a un vrai problème dans nos sociétés, qui prennent la voiture pour aller faire du sport au gymnase ».

Mais également, sur un plan plus général, penser la ville du futur autour de la mobilité cycliste et piétonne nous permet de penser une ville plus humaniste, plus accueillante et plus inclusive socialement. En même temps qu’il nous permet de nous déplacer plus rapidement et de porter du poids supplémentaire, le vélo est par essence un moyen de transport à vitesse modérée, qui permet de profiter du paysage. A la différence des automobilistes et des motocyclistes, séparés du reste des citoyens par des vitres et de gros casques, les cyclistes peuvent entrer en interaction avec les autres, passer au mode piéton de manière flexible, et ne représentent pas ou très peu de danger pour les piétons.

Plus un espace urbain est transité par des cyclistes et des piétons, plus il devient convivial, moins d’agressions et vols peuvent prendre place, et plus l’espace en question devient attractif pour le tourisme, le commerce ou simplement le vivre-ensemble. La qualité de vie dans les villes centrées autour de la marche et du vélo est donc clairement augmentée sous tous les aspects.

Ateliers collaboratifs

L’engouement actuel pour le vélo en nourrit un autre : celui pour la collaboration horizontale et les liens sociaux à l’échelle du quartier. C’est ainsi que fleurissent un peu partout des ateliers collaboratifs de réparation de vélos, dans lesquels les novices peuvent s’initier à la rustine, au graissage, au changement de pièces, bref, mettre les mains dans le cambouis ! Comme la mécanique de base de la bicyclette est relativement simple, la transmission de savoirs-faire s’effectue facilement, et les usager-e-s apprennent à prendre en main leur outil, s’approprient l’objet de manière plus complète. De par leur longue durée de vie et la facilité des réparations, l’économie des vélos sort largement des circuits marchands pour entrer dans les circuits écocitoyens et solidaires.

Outre l’aide apportée pour la réparation des vélos, ces collectifs promeuvent à travers leur action la revalorisation des savoirs manuels, souvent méprisés par rapport aux connaissances purement théorique, et favorise le lien communautaire au niveau des quartiers en réunissant des personnes de différentes générations et milieux sociaux. C’est le cas de la Cyclofficine, à Pantin  , de l’atelier Etincelle à Bordeaux  ou encore de la Vélorution  à Toulouse. Le site de l’Heureux Cyclage propose une carte interactive   permettant de trouver l’atelier le plus proche de chez soi, et d’y participer en donnant un peu de son temps. Ces ateliers sont victimes de leurs succès et manquent en effet de bénévoles pour les animer…

Dans la ville de México, en l’absence d’infrastructures satisfaisantes pour la pratique du vélo, les collectifs de cyclistes organisent des ballades à vélo et donnent des conseils de sécurité aux novices. L’atelier « Enchulame la bici »  organise des cours gratuits pour apprendre les bases de la mécanique des vélos, et finance des emplois avec la réparation et le montage de bicyclettes pour ses clients.

Et pourtant …

Il est vrai que, en ville, les vélos connaissent un engouement fort depuis une dizaine d’années, et pour toutes les raisons citées plus haut, il s’agit d’un phénomène très positif pour penser la ville du futur. Cependant, cela reste pour l’instant un phénomène marginal dans de nombreux endroits, et la voiture continue d’être le moyen de transport hégémonique. Cela est dû en partie au fait que le vélo comme moyen de transports contient certains inconvénients. Il est nécessaire de rendre le plus facile possible de circuler en vélo, afin que les personnes qui hésitent à franchir le pas de l’utiliser comme moyen de transport quotidien le fassent.

Du vélo pour toutes les formes

Le vélo, c’est fatigant dans les côtes ! Eh oui, toutes les villes ne sont pas situées dans de Plats Pays, celles et ceux d’entre nous qui vivent à Rodez ou à San Francisco en payent les frais quand il s’agit de monter une côte d’un kilomètre pour arriver à la maison ! Nos modes de vie ultra sédentarisés ne nous aident pas sur ce point, la bonne nouvelle c’est que l’exercice physique, plus on en fait, mieux on se porte et plus on l’aime ! Et pour les côtes qui sont vraiiiiment méchantes, on peut espérer que les vélos électriques, déjà existant depuis quelques années, se popularisent et s’améliorent pour fonctionner au maximum de leur efficacité.

L’idée est d’avoir un vélo relativement léger, avec une batterie qui aide à monter les côtes, ou à avancer en général dans le cas des personnes âgées ou en mauvaise forme physique. Pour l’instant, les vélos électriques restent un peu chers (compter entre 1000 et 3000 euros selon la qualité  ), mais tout de même beaucoup plus économiques qu’une voiture.

De nombreuses villes encouragent l’achat de ces vélos avec des subventions. De plus les batteries utilisées par ces vélos sont maintenant à 95% recyclables, ce qui fait du vélo électrique un moyen de transport somme toute très écologique. Il permet aussi de démocratiser le vélo, de casser l’image du cycliste hyper sportif, et de laisser sa place à celle de la grand-mère qui sort faire ses courses en vélo.

La sécurité, une préoccupation centrale

Le principal blocage que beaucoup de gens ont avec le vélo est la sécurité. Il est vrai que faire du vélo dans un environnement hostile, sans infrastructures et où règne la loi du plus fort est dangereux, et peut conduire à des accidents graves voire mortels. En France, on recense environ 150 accidents mortels par an, dont 120 dus à un choc avec un véhicule motorisé.

Bonne nouvelle : comme le montre clairement ce graphique, la meilleure solution à l’insécurité routière pour les cyclistes est… d’augmenter la quantité de cyclistes !

En effet, plus les cyclistes sont nombreux-ses à circuler en ville, plus ils sont visibles, plus leurs intérêts sont pris en compte, plus les infrastructures se développent et plus les automobilistes s’habituent à faire attention à elles et eux. On voit par exemple que la quantité d’accidents par rapport aux kilomètres parcourus est presque trois fois moindre aux Pays-Bas qu’en France, alors même que, en moyenne, les néerlandais parcourent dix fois plus de kilomètres en bicyclette par an.

 Il s’agit d’un cercle vertueux entre démocratisation du vélo et sécurité cycliste, qu’il faut encourager par la mise en place de toujours plus de pistes cyclables et signalétique.

Certains gadgets peuvent aider à circuler plus sûrement. A Londres, ville particulièrement touchée par la mortalité cycliste, une étudiante a étudié la façon dont se produisent les accidents et a constaté que dans une grande partie des cas, ils étaient dus à un choc avec une voiture lors d’une manœuvre arrière, à cause du manque de visibilité pendant la nuit. Elle a alors a mis au point une lampe de vélo avec laser intégré, qui projette à quelques mètres le dessin fluorescent d’une bicyclette, afin de prévenir les automobilistes de la présence d’un cycliste derrière leur voiture.

Il est aussi prévu que la mairie de Londres mette en place des capteurs sur les autobus et voitures pour aider les automobilistes à repérer les cyclistes  )

Le casque, c’est fun !

En attendant les aménagements urbains idylliques de demain, le port du casque peut aider à rendre un peu plus sûrs les déplacements. En cas d’accidents, il a été démontré que le port d’un casque réduit de 70% environ le risque de traumatisme crânien.

Cependant, seule une minorité de cyclistes utilise un casque, principalement parce qu’il est encombrant et souvent peu pratique. Plusieurs innovations sont sorties récemment, qui tentent de remédier à ce problème.

Par exemple, un casque dont le volume peut se réduire à la moitié et se ranger facilement dans le sac.

Ou un autre casque innovant qui vient d’être commercialisé. Sept ans de recherches, dix millions d’euros de prêts, c’est ce qui a été nécessaire aux deux jeunes suédoises Teresa Alstin and Anna Haupt pour mettre au point un casque invisible. Persuadées comme beaucoup d’entre nous que «les voitures, c’est un truc du passé, le futur appartient aux vélos », et conscientes de la grande vulnérabilité des cyclistes sur la voie publique qui pour l’instant est encore le règne des véhicules lourds, elles ont décidé d’améliorer les casques qu’elles trouvaient pénibles et encombrants.
Le résultat ? Un collier-écharpe qui, sous l’impulsion d’un choc brusque se déplie, à la façon d’un airbag, et protège crâne et cervicales.

Les tests effectués par les assurances suédoises établissent que ce « casque invisible » est trois fois plus efficace contre les chocs que les casques classiques. Cependant, le prix de lancement est rébarbatif : 300 euros.

Si vous voulez en savoir plus sur le projet, voilà une petite vidéo qui présente le concept.

Heureusement, toutes les inventions ne sont pas hors de prix !

Constatant que les cyclistes ont tendance à ne pas porter de
casque à cause de l’encombrement que cela représente ainsi que du prix élevé, Isis Schiffer a créé un casque en papier pliable, qui peut être réduit à la taille d’une banane quand on ne l’utilise pas…

Surprenant mais vrai, le EcoHelmet a passé les tests de sécurité standards pour les casques, comme vous pouvez le voir dans cette vidéo explicative.

Et last but not least, grâce au matériel bon marché, il sera commercialisé au début de l’année prochaine pour la modeste somme de 5 dollars (ou euros quand il arrivera sur notre continent).

Power is power ! Le vélo sert à se déplacer, mais pas que…

La simplicité du mécanisme du vélo, qui consiste à transformer l’énergie humaine en un roulement de roue, est la cause de sa grande versatilité. Non seulement la bicyclette peut s’utiliser sur tous types de terrains et par tous types de personnes, mais elle peut aussi être transformée en groupe électrogène pour faire fonctionner un robot de cuisine

une pompe à eau…

ou même une bétonneuse!

Au Sénégal, un vélo baptisé Dynema permet de projeter des films dans des petites salles, sans réseau d’électricité. Il suffit de pédaler de manière douce et régulière pour mettre en marche le projecteur et les enceintes. 

A plus grande échelle, un milliardaire et philantrope indien, partant du principe que l’énergie c’est le pouvoir (power is power !), et que la moitié des habitants de notre planète sont privés de l’un comme de l’autre, a décidé d’investir dans les vélos générateurs d’énergie et a optimisé le rendement de la machine par rapport à des vélos générateurs d’électricité faits maison.

Chaque vélo devrait avoir un coût de production modeste, de 90 euros, ce qui permettra d’en faire bénéficier gratuitement une grande quantité de familles. En une heure de pédalage avec un effort modéré, l’engin produit une quantité d’énergie suffisante pour couvrir des besoins basiques en électricité : alimenter plusieurs ampoules et recharger des téléphones.

Ils sont fous ces cyclistes !

Le groupe de Rock Ginger Ninjas s’est lancé le défi de faire toute une tournée, de San Francisco jusqu’au Sud du Mexique, sans dépenser aucune énergie fossile ni le réseau d’électricité ! Ils ont parcouru environ 8000  kilomètres en vélo et pendant les concerts, c’est le public qui se relayait sur ces mêmes vélos connectés à des dynamos pour produire l’énergie nécessaire aux baffles.

Construire en pédalant nos villes du futur
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