Accueil Forums Vos infos optimistes Economie Circulaire Face à la crise de l’emploi, l’économie solidaire se réinvente en 2.0

  • Auteur
    Messages
  • #1571

    Alors que de nombreux emplois stables et non qualifiés disparaissent chaque année, des formes de travail de plus en plus précaires se développent, en dehors de la sphère salariale. Mais grâce à l’adaptation de l’économie sociale et solidaire à ce contexte, ces évolutions du marché du travail peuvent être saisies comme autant de chances pour inventer un travail plus libre sans renoncer à la sécurité.

    Depuis plusieurs décennies, le chômage s’installe durablement dans les pays industrialisés. En France, la quantité de chômeurs a plus que doublé depuis les années 1980, passant de 5,1% à 9,9% des actifs (le chiffre actuel reconnu par le gouvernement de 3 millions de chômeurs est d’ailleurs largement sous-estimé, puisqu’il n’inclut que les chômeurs de catégorie A, inscrits au pôle emploi). Et pour celles et ceux qui s’intègrent au monde du travail, les postes en CDI qui étaient auparavant la norme sont devenus clairement minoritaires (36%), et ce sont maintenant les contrats en CDD ou l’intérim qui prédominent.

    Cette vidéo analyse, chiffres à l’appui, le phénomène de la raréfaction des emplois.

    On assiste à un double phénomène qui met en danger le contexte de sécurité dans lequel ont vécu les deux générations antérieures : jusque dans les années 1970-1980, on pouvait sortir de l’école sans aucune qualification et trouver un travail en quelques jours, en général comme ouvrier à la chaîne. Si le patron nous traitait mal, on pouvait faire grève ou bien simplement démissionner, avec la certitude de retrouver un emploi aussi rapidement que le précédent.

    Aujourd’hui, la mécanisation fait disparaitre massivement des postes de travail peu qualifiés et répétitifs : une étude de l’université d’Oxford estime que l’automatisation pourrait faire disparaitre 77% des emplois en Chine d’ici à 20 ans, et 57% dans les pays de l’OCDE. Comme on l’avait déjà souligné, les robots arrivent!

    D’après le philosophe Bernard Stiegler, loin d’être une tragédie, la disparition de ces emplois pourrait, et devrait représenter une chance. Cela, à condition toutefois de changer de paradigme, et de créer un nouveau mode d’organisation de la société, basé sur « le travail contributif, dans une économie contributive, basée sur un revenu contributif ». En effet, si les emplois peu gratifiants, et/ou dangereux sont amenés à disparaître, l’intelligence collective de l’humanité sera essentielle pour faire face à la pire crise écologique que notre espèce ait connue.

    Mais en attendant ce moment, face à l’absence d’offres d’emplois stables et sécurisés, le marché du travail s’ubérise. Ce phénomène, nommé d’après l’entreprise de taxis Uber, consiste en un travail déréglementé, dans lequel les contrats de travail disparaissent complètement. Sans aucune garantie de sécurité sociale ni salaire fixe, les chauffeurs d’Uber doivent acheter leur outil de travail, et se charger de son entretien. L’entreprise Uber ne donne pas de sécurité aux chauffeurs, par contre elle leur ponctionne à la source un quart de leur revenus, simplement pour leur fournir des clients via l’application. En cas de mécontentement, il est pratiquement impossible pour ces autoemployés individualisés de s’organiser face à l’entreprise.

    Heureusement, l’ubérisation n’est pas une fatalité, et aujourd’hui l’économie sociale et solidaire a le vent en poupe. L’économiste Hervé Defalvard décrit l’économie solidaire comme une série de dynamiques qui ont surgi alors que le système économique capitaliste industriel moderne se consolidait, à la fin du XIXème siècle. Depuis le début, l’économie solidaire a eu deux objectifs : le premier, d’opérer une réparation par rapport aux dégâts causés par le libéralisme (pauvreté, exclusion). De là viennent les associations caritatives, type Emmaüs, les Restos du Cœur, le Secours populaire… Le deuxième objectif, plus ambitieux, est l’émancipation du travail, se basant sur un idéal démocratique de l’entreprise. C’est dans cette logique que se situent notamment les coopératives.

    A l’heure de la multiplication des emplois précaires, en freelance, auto-entreprenariat ou piges, une coopérative d’un nouveau genre s’est créée, Coopaname. Selon Stéphane Veyer, co-fondateur,

    « La majorité des individus qui ouvrent leur auto-entreprise aujourd’hui ne cherchent pas à créer une entreprise, mais à avoir un rapport autonome à leur travail. Ils rejettent le lien de subordination dominant dans l’entreprise classique, mais ne veulent perdre ni la collectivité ni la protection sociale. Cette évolution sociologique n’est pas encore prise en compte dans les politiques publiques qui proposent le régime d’auto-entrepreneur, c’est-à-dire une nouvelle précarité et de nouveaux liens de subordination, cette fois avec des donneurs d’ordres. »

    Partant de ce constat, Coopaname offre aux travailleurs indépendants la sécurité d’un salarié. Tout d’abord, Coopaname accompagne les personnes qui exercent déjà une activité indépendante dans le domaine de l’artisanat, du service à la personne ou des prestations aux entreprises, dans la création de leur projet.
    A l’issue de ce processus, la coopérative leur donne un contrat de travail en CDI. Ce contrat leur donne une sécurité sociale, l’ouverture des droits au chômage et à la formation professionnelle. Le chiffre d’affaires généré est transformé en salaire et lissé afin d’offrir un revenu stable, même lors de retards de paiements ou de départ en vacances.
    De plus, la coopérative permet aux salariés-entrepreneurs de Coopaname de se centrer sur leur métier, car les démarches comptables, administratives et de gestion sont mutualisées.
    Enfin, les personnes qui le souhaitent peuvent devenir associés de Coopaname et ainsi devenir citoyen à part entière de l’entreprise.

    Comme ce projet, beaucoup d’autres sont en train de surgir en ce moment. Même si elle reste clairement minoritaire, l’économie sociale et solidaire emploie dores et déjà plus de 10% de la population active, on peut parier qu’elle ira en augmentant !

    Source image

Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.