Alors que le modèle de la démocratie représentative déçoit de plus en plus et que le vote de repli identitaire connaît un fort regain, diverses propositions essaiment pour faire de la politique autrement, afin que les décisions soient prises par et pour les populations concernées.

assemblée communautaire dans l’Etat du Michoacan, au Mexique

On constate depuis maintenant plusieurs années un désenchantement grandissant de la politique. La technocratisation de la politique, de plus en plus éloignée des préoccupations citoyennes, et les mesures d’austérité prises par tous les gouvernements européens à la suite de la crise financière de 2008 donnent la sensation à de plus en plus de citoyen.nes que la politique est un domaine réservé à l’élite. En conséquence, deux phénomènes se généralisent. D’un côté l’abstention, qui consiste à renoncer à s’exprimer sur le choix des politiques publiques (ce qui n’implique pas nécessairement être passif, mais cela exprime tout de même un fort pourrissement des institutions). De l’autre, bien plus inquiétant, une montée prononcée des votes de rejet : contre les immigré.es ou celles et ceux perçus comme tel.les, contre les minorités sexuelles, contre les modes de vie non conventionnels… Des Etats-Unis à la France en passant par la Hongrie, une partie grandissante de la population plébiscite des personnages politiques qui prônent l’exclusion des minorités érigées en boucs émissaires et un retour à l’autoritarisme.

Cependant, en parallèle, de nombreuses initiatives citoyennes voient le jour où sont redécouvertes, qui cherchent à remettre au cœur de la cité la participation citoyenne, le débat, l’échange d’idées et la prise de décisions collective. Parfois réunies sous le nom de démocratie participative, bien que, comme le note le philosophe Bernard Stiegler, co-auteur de « De la démocratie participative », le simple terme repose sur un pléonasme : en effet, l’idée fondamentale derrière la démocratie est la participation des citoyen.es aux affaires publiques, ou, dit autrement, le pouvoir (cratos en grec) au peuple (demos). Il pose alors la question « pourquoi la démocratie actuelle n’est-elle plus participative, et tend-elle à être perçue du même coup comme une fiction, ou les hommes et les femmes politiques ne représentent plus, du même coup, les citoyens ? » Au-delà du nom que l’on peut donner à cette variété d’initiatives, il s’agit toujours e lutter contre l’individualisme et de remettre l’intérêt commun et la participation du plus grand nombre au cœur de la politique. En voici quelques exemples.

Les budgets participatifs, un succès qui a essaimé

Les budgets participatifs naissent au Brésil en 1989, quelques années seulement après la fin de vingt ans de dictature militaire. A Porto Alegre, le Parti des Travailleurs et des organisations populaires décident de laisser à des assemblées citoyennes la liberté de décider de l’attribution de 10% du budget de la ville  Cette initiative a permis aux habitants des classes populaires à la fois d’améliorer leurs conditions de vie en imposant dans le débat l’accès aux services publics basiques dans les favelas, et «d’acquérir une formation civique : le principe d’autogestion invite en effet la population à établir elle-même les règles de fonctionnement des assemblées populaires.»  La proposition a ensuite essaimé dans de nombreuses villes du monde, et est même arrivée à Paris en 2014.

Un chercheur a tenté de recenser de manière exhaustive les expériences de budget participatif et en a compté environ 1500, que vous pouvez voir sur cette carte, avec une explication pour chacune d’entre elles.

Renouer avec des traditions de participation communautaire

Dans le village de Kuthambakkam, situé au Sud de l’Inde, un ingénieur  issu de cette communauté pauvre décide de revenir à son village natal pour impulser des changements depuis la base. En formant des groupes de femmes, d’enfants, de paysans et en promouvant le dialogue entre toutes et tous au-delà des différences de castes, il est parvenu à mettre en place une participation citoyenne réelle à l’échelle locale. Les résultats sont remarquables : le village est devenu autosuffisant en termes alimentaires grâce à la collaboration entre paysans, les zones les plus pauvres du village ont été reconstruites et les familles de castes différentes peuvent désormais être voisines. Cette initiativ est présentée dans le documentaire Demain, qu’on vous recommande si vous ne l’avez pas encore vu !

Et même en Chine, dans un contexte politique autoritaire, des ONG parviennent à lancer des initiatives locales qui permettent aux populations de prendre leur vie en main au niveau local. C’est le cas d’un petit village présenté dans un documentaire de France 5, dans lequel l’ONG Green Watershed a impulsé un processus de participation citoyenne. A travers les discussions en assemblées, les villageois décident de se lancer dans la culture des plantes médicinales et la promotion de l’écotourisme, et mettent en place le projet collectivement. Grâce à ces projets, ils font d’une pierre deux coups : ils sortent de la pauvreté avec la vente des plantes médicinales, et protègent l’environnement La population renoue avec des mécanismes communautaires traditionnels, les combinant avec les structures démocratiques actuelles, avec de très bons résultats.

Un programme élaboré en ligne par les citoyens, le pari vert des écologistes

Alors que le PS et les Républicains se déchirent autour du choix d’un nouveau leader pour les élections, Europe Ecologie les Verts tente de construire son programme autour de propositions de citoyen.nes et d’organisations de la société civile. L’outil, disponible ici, permet participer en  en donnant son opinion par rapport à des propositions faites par d’autres personnes, ainsi que de lancer une proposition propre. Les trois grandes catégories sont « réinventer l’économie et le travail », « réinventer la démocratie », et « réinventer l’Europe ». Sur le forum, les participant.es débattent sur la réduction du temps de travail ou l’utilité de l’Espéranto, proposent de créer une autorité indépendante pour juger les conflits d’intérêts au niveau européen, d’inclure dans le programme le droit de vote des étrangers résidant en France, ou de généraliser la nourriture Bio dans les cantines scolaires.

Un bémol  cependant : comme souvent avec les Verts, l’idée est excellente, mais dans la pratique, le manque de diffusion et de pédagogie pour prendre en main l’outil proposé n’ont pas permis une participation conséquente. Vous avez cependant encore un peu plus d’une semaine pour participer, avant que les propositions ne soient analysées pour en faire une synthèse cohérente, et finalement commentées par les candidat.es puis intégrées au programme pour l’élection présidentielle.

Il ne s’agit là que de quelques-unes de toutes les initiatives qui se développent tout autour du globe. Ces alternatives  font leurs preuves au niveau local, reste à définir comment on pourrait les adapter à plus grande échelle, afin de développer une conscience citoyenne globale pour prendre en charge les problématiques sociales et environnementales globales.

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Ni les urnes, ni les armes: aux assemblées, citoyen.nes !
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