Il est probablement à moins d’un mètre de vous en cet instant précis, vous lisez peut-être ces lignes à travers lui… Nos smartphones sont devenus en quelques années des objets indispensables à notre vie quotidienne. Mais les conditions de fabrication de nos mini ordinateurs de poche tellement pratiques, sont loin d’être idéales : catastrophe écologique et esclavage moderne . Heureusement, nous avons une alternative : l’électronique responsable, et son premier représentant, le Fairphone, un téléphone équitable sur le point d’être en location en France avec Commown.

Les sales dessous de nos smartphones

Grâce au travail de certains journalistes et de mouvements de la société civile, nous pouvons en savoir plus sur les modes de fabrication de nos smartphones. On vous recommande en particulier le reportage de Cash Investigation, Les secrets inavouables de nos téléphones portables. Peu soucieuses du bien-être des personnes et de la planète, les grandes compagnies achètent les matières premières des téléphones, comme l’or, le tantale, le cuivre, l’étain, et une trentaine d’autres, à des mines qui font travailler des adultes et même des enfants dans des conditions de sécurité déplorables, pour un salaire de misère. Un des pays les plus touchés par cette exploitation des ressources est la République du Congo, en proie au conflit le plus meurtrier des deux dernières décennies, et l’argent des minerais finit souvent par financer les diverses milices armées qui massacrent la population. Les téléphones sont ensuite assemblés en Chine, où des millions d’ouvriers, dont des adolescents, travaillent entre dix et treize heures par jour, sans vacances ni jour de repos hebdomadaire, pour des salaires qui dépassent rarement les 200 euros par mois. C’est pourquoi la main d’œuvre représente en fait seulement une minuscule proportion du coût final du smartphone : entre un et trois euros !

Et ce n’est pas tout : afin de gagner un maximum d’argent, ces grandes multinationales n’ont aucun intérêt à fabriquer des téléphones solides et durables, bien au contraire ! Elles pratiquent ce que l’on appelle l’obsolescence programmée. Comment ? D’abord, en utilisant des composants fragiles, qui auront de grandes chances de cesser de fonctionner au bout de deux ans. Ensuite, en rendant difficile et coûteuse la réparation, comme l’explique cet autre reportage. La grande majorité des téléphones ne sont pas pensés pour être ouverts et que leurs pièces défectueuses soient changées : vis spéciales, batterie collée… Et des réparations hors de prix qui encouragent à acheter un modèle neuf plutôt que de réparer l’ancien.

Mais alors, après ces constats sombres et face au pouvoir des multinationales, que pouvons-nous faire pour changer la situation ?

Plein de choses !

Faire pression sur les multinationales et les gouvernements

La médiatisation croissante des conditions de fabrication de nos objets électroniques a permis de faire naître une conscience citoyenne. Pour commencer, plusieurs organisations ont pris l’initiative de classer les différentes marques selon leur respect des normes environnementales et des droits humains, afin de donner aux consommateurs des outils pour mieux choisir. Grâce à ces classements, on sait par exemple que Samsung fait partie des pires entreprises sur le plan social et environnemental, alors que Nokia fait un peu plus d’efforts, ce qui en fait une option relativement meilleure, tout en étant très critiquable sur de nombreux aspects.

Quand les députés s’en mêlent

La question des « minerais du sang », ces métaux précieux extraits au Congo qui financent des milices armées et alimentent ainsi le conflit le plus sanglant au monde actuellement, a –enfin !- dépassé le cadre des experts et des résolutions de l’ONU,  pour entrer dans le débat public au cours des dernières années.

Les États-Unis ont été les premiers à obliger leurs entreprises à faire la transparence sur la provenance de leurs minerais avec la loi Dodd-Frank en 2010. À la suite des États-Unis, l’Union Européenne avance dans la même direction, mais trop timidement selon les ONG, car la réglementation proposée est peu contraignante.

Et, cocorico ! La France vient pour sa part d’adopter en mars une loi de responsabilité des multinationales dans la protection des droits fondamentaux des travailleurs de leurs filiales. Les grandes multinationales qui vont assembler leurs produits à l’étranger par des sous-traitants pourront désormais être pénalement poursuivies par les travailleurs en cas de violations à leurs droits. Le projet de loi a surgi à la suite du scandale du Rana Plaza  dans lequel plus de 1000 travailleurs sont morts à la suite de l’effondrement de leur usine (dans laquelle de grandes marques comme Bennetton, Mango ou Camaïeu faisaient fabriquer à bas coût leurs vêtements). Cela a coûté des années de bataille juridique contre le lobbying des multinationales, et, si les ONG regrettent que les sanctions les plus dures aient été retoquées par le Conseil Constitutionnel , il s’agit tout de même, selon le député Dominique Potier, de « la législation la plus avancée au monde sur la question »

Il y a donc bel et bien une prise de conscience et des avancées législatives, mais elles sont pour l’instant timides. Heureusement, il existe une autre alternative pour faire bouger les choses…

Un autre smartphone est possible !

Fabriquer un smartphone éthique et durable, c’est le pari un peu fou d’une petite entreprise sociale néerlandaise : Fairphone. Fondée en 2010, elle a créé deux générations de smartphones et a vendu pour l’instant moins de deux cent mille exemplaires : David contre Goliath, quoi !

En fait, le petit groupe d’amis à l’origine du projet a été dépassé par les événements : « Nous n’avons pas commencé en tant qu’entreprise. Nous avons commencé en tant que campagne de sensibilisation. Et l’objectif de la campagne était de rendre visible la situation de l’est du Congo. » dit van Abel.

Victimes du succès de cette campagne, qui proposait un peu naïvement, comme le reconnait Bas van Abel   de fabriquer un smartphone équitable, mais sans savoir exactement comment s’y prendre, ce groupe de hippies a relevé le défi pour former l’entreprise Fairphone. Le Fairphone 1, financé par une campagne de pré achat, s’est centré sur la traçabilité de certains minéraux. L’expérience leur a servi à comprendre l’extraordinaire complexité de leur objectif, et la nécessité d’avancer pas par pas dans la direction de l’électronique équitable : une quarantaine de matières premières minérales différentes, concentrées dans certains zones spécifiques très complexes,  la concurrence du travail à bas coût en Chine, sans parler de la difficulté d’offrir à un prix raisonnable le produit alors qu’on ne peut pas faire les économies d’échelle que peuvent s’offrir les grandes compagnies… La question est épineuse, d’autant que l’autre ambition de l’entreprise est de lutter contre l’obsolescence programmée et de fabriquer un téléphone destiné à durer de longues années.

Les minéraux éthiques, des avancées certaines mais un long chemin à parcourir

De tous les objectifs de Fairphone, l’approvisionnement raisonné et éthique en ressources minières est sans doute la tâche la plus complexe. En réalité, il est actuellement impossible de trouver des canaux alternatifs et équitables pour l’ensemble des 40 minéraux employés pour la fabrication du téléphone, car ceux-ci sont inexistants. Le travail réalisé est donc pour l’instant plus modeste.

Ainsi, Fairphone a étudié les 40 minéraux qui entrent dans la composition du téléphone (niveau de rareté, possibilités de recyclage, possibilité de trouver des substituts…), dans le but d’identifier les matériaux les plus susceptibles d’améliorations et d’élaborer des pistes à suivre. Les dix éléments qui ont été sélectionnés sont le cobalt, le cuivre, l’indium, le nickel, l’or, le tungstène, des terres rares, le gallium, le tantalum, et l’étain.

Pour l’instant, Fairphone est parvenu à établir une traçabilité des quatre minéraux de sang : l’or, le tungstène, l’étain, et le tantale, et à garantir que leur argent ne finance pas de milices  . Fairphone est la première entreprise de fabrication d’électronique à avoir reçu la certification de commerce équitable pour l’or.

La construction pas à pas d’un dialogue social dans les usines chinoises

Améliorer les conditions de travail en Chine ? Pour ce faire, il faut d’abord trouver une usine qui accepte de jouer le jeu de la transparence et du dialogue avec les salariés. Après plusieurs tentatives, deux entreprises ont été sélectionnées, Hi-P et GSN .

L’objectif est de construire une relation de confiance avec l’usine pour améliorer les conditions de travail. Grâce à l’aide d’une organisation chinoise spécialiste des conditions de travail en usine, il a été possible d’établir des diagnostics de situations et de tenter d’améliorer graduellement les points les plus problématiques. Les conditions de sécurité ont été améliorées, et les conditions de travail ont connu une amélioration relative : création d’un syndicat, jour de repos hebdomadaire systématique, 10 jours de congés payé par an (en général, ce sont deux), et une limitation de la durée hebdomadaire du travail à maximum 60 heures : bien sûr, c’est encore énorme, mais il faut considérer que dans d’autres usines les ouvriers travaillent jusqu’à 13 heures par jour sans repos hebdomadaire. Un règlement interdit désormais les brimades et les punitions salariales en cas de retard. Enfin, l’entreprise offre des cours d’anglais gratuits aux personnes le souhaitant.

La modularité, le plus grand atout du Fairphone 2

Fairphone est à ce jour le premier, l’unique, le SEUL smartphone modulaire au monde ! Il y a bien eu quelques autres tentatives, comme le projet Ara, de Google, qui a été abandonné ou le PuzzlePhone suédois qui est pour l’instant suspendu  .

Alors, la modularité, en quoi ça consiste ? On a parlé plus haut de l’obsolescence programmée : des pièces bas de gamme et des réparations difficiles ou impossibles. Le téléphone modulaire prend l’exact contrepied de cette logique, et défend au contraire l’appropriation par les usagers de leur appareil, selon le slogan de Fairphone : « Si tu ne peux pas l’ouvrir, alors tu ne le possèdes pas ! » Le téléphone laisse donc apparaître ses entrailles facilement, et, à l’aide d’un simple tournevis et de quelques tutoriels d’Ifixit ou vidéos de Youtube, on peut en quelques minutes réduire notre cher smartphone à ses blocs élémentaires : six modules en tout, le bloc central, l’écran, la batterie, l’appareil photo, un module supérieur et un module inférieur.

En cas de panne ou de casse d’un des éléments de l’appareil, pas besoin de racheter un téléphone ! Il suffit de d’acquérir le module correspondant et le tour est joué.

En fait, c’est simple, la modularité révolutionne notre rapport aux avancées technologiques : au lieu de racheter un téléphone neuf et d’abandonner l’ancien encore fonctionnel, on peut changer un seul module. Cela permettra aux utilisateurs de Fairphone d’acquérir bientôt un nouveau module d’appareil photo  , plus avancé que l’actuel, tout en gardant leur téléphone.

Grâce à la modularité, le Fairphone a une durée de vie d’environ 5 ans, contre deux en moyenne pour les autres portables. Et ça, c’est une excellente nouvelle pour la planète, puisqu’environ 80% des gaz à effet de serre émis dans la vie d’un smartphone l’est au cours de la fabrication. Mais, si la carte mère à elle seule représente 60%  de ces émissions, le module de la caméra par exemple n’en représente que 5% : on peut donc en changer sans affecter significativement la balance. Le smartphone utilise peu d’énergie dans son usage quotidien.

Mais alors, construire un téléphone durable, solide et facilement réparable, est-ce compatible avec les besoins de rentabilité d’une entreprise ? C’est clair, ce n’est pas le meilleur plan pour accumuler de l’argent, mais souvenons-nous de deux choses. D’une part, l’équipe de Fairphone n’a pas vocation à devenir une énorme entreprise, ses fondateurs en sont parfaitement conscients, et ils se vivent plutôt comme un mouvement de conscientisation : à travers Fairphone, on génère un débat sur les conditions de fabrication de nos appareils, on commence à questionner les pratiques des grandes entreprises. Et puis, l’association française Commown a eu une idée qui pourrait permettre de pérenniser le projet :

Louer son téléphone plutôt que l’acheter, pourquoi donc ?

D’abord, il y a des raisons d’ordre pratique. Éviter de débourser le coût total du Fairphone (525 euros, c’est beaucoup pour les petits budgets !) en une seule fois, en préférant un paiement mensuel, plus doux avec notre compte en banque. Ensuite, choisir Commown nous garantit un grand confort d’usage grâce au service client français  . En effet, la petite entreprise Fairphone est basée exclusivement aux Pays-Bas, ce qui allonge les délais de réparations et oblige souvent à communiquer en anglais. De plus, une garantie casse et vol est offerte, ainsi que la mise à jour du téléphone si un nouveau module ou une nouvelle version apparaît. Choisir Commown, c’est donc d’abord une manière de se simplifier la vie !

Mais il y a des raisons plus profondes à ce choix. Louer au lieu d’acheter son téléphone, mais aussi son vélo, ou son lave-linge, cela fait partie d’une nouvelle dynamique de l’économie, ce que les chercheurs appellent l’économie de l’usage Celle-ci serait amenée dans les prochaines années à remplacer progressivement l’économie de la propriété. En louant, on se soulage de certaines contraintes : que faire quand on n’a plus l’usage d’un produit ? Le vendre, le donner, le jeter ? Avec l’économie de l’usage, on paie pour l’utilisation d’un produit tant qu’on en a l’usage, puis on le rend et l’objet poursuit sa vie utile au maximum.

Enfin, louer avec Commown, c’est faire partie d’un mouvement citoyen et pérenniser le projet Fairphone. D’abord, en donnant de la visibilité à la coopérative néerlandaise par l’achat planifié et périodique de flottes de Fairphones. Ensuite, en devenant membre de la société coopérative que fondera Commown à l’issue de sa campagne de crowdfunding : les usagers qui le souhaitent pourront participer à la prise de décisions, proposer des initiatives, bref, s’engager à plus long terme. Enfin, Commown a la volonté de consacrer une partie de ses excédents à financer l’innovation du Fairphone afin de le rendre plus performant et encore plus durable.

Dans cette période électorale confuse, n’oublions pas qu’en plus d’être des citoyen.nes, nous sommes des consommateurs.trices qui, tous les jours, votons avec notre argent pour un modèle de société. Avec Fairphone et Commown, nous pouvons voter pour un monde plus juste, durable et solidaire.

Donc, si vous souhaitez en savoir plus, le site de Commown est disponible ici et si vous aimez le concept, pensez à faire tourner l’information !