Deuxième partie : la mission de Musk

Comme nous tous-tes, Elon Musk a quelques objectifs dans la vie. Mais à la différence de nous, l’un de ces buts est d’envoyer un million de personnes sur Mars.

Au cours des derniers mois, alors que j’expliquais à des amis ce que je faisais avec cette série d’articles, le moment particulier où je mentionnais toute l’affaire… Mars, finissait par arriver. Les réactions de mes interlocuteurs allaient de “Noooooonnnn sérieux ??” à “Oh, dommage, jusqu’à maintenant j’avais l’impression qu’Elon Musk était plutôt génial, je m’étais pas rendu compte que c’était un milliardaire débile” en passant par “Est-ce que je peux rire ou est-ce que Tim est vraiment sérieux et que ça va l’embêter ?”.

Une réaction que je n’ai jamais vue : “Super, c’est cool.”

Et je comprends – je ressentais la même chose jusqu’à récemment. Une phrase avec le mot Mars dedans est toujours un truc d’ésotérisme astronomique ou un trip de science-fiction de geeks. Et le mot colonisation survient en général dans un contexte évoquant l’’histoire. Les deux mots ne sont pas censés se trouver dans la même phrase dans le monde réel.

Pour expliquer pourquoi Musk veut envoyer un million de personnes sur Mars, je vais vous présenter deux extraterrestres vivant sur une planète semblable à la Terre, de l’autre côté de la Voie Lactée – Zurple et Quignée :

La planète de Zurple et Quignée, Uvuvuwu, s’est formée 1,2 milliards d’années après la Terre, mais comme là-bas ça n’a pris que 300 millions d’années de passer d’organismes unicellulaires à des organismes unicellulaires  complexes (ça a pris 1,6 milliards d’années sur Terre), la vie sur Uvuvuwu nous a pris de vitesse et est arrivée à l’intelligence humaine il y a 11 millions d’années. Aujourd’hui, les créatures sur Uvuvuwu sont bien plus avancées que tout ce dont on pourrait rêver sur la Terre.

Zurple et Quignee sont devenus amis depuis qu’ils se sont rencontrés au collège il y a 2,4 millions d’années, et l’une de leurs activités préférées est d’observer des formes émergentes de vie intelligentes au travers de la Voie Lactée. Ainsi se demandent-ils si ces formes vont s’éteindre ou “passer le cap” (ils sont capables de voir toutes les planètes en temps réel grâce à des avancées technologiques que nous ne pourrions pas comprendre).

Récemment, Zurple et Quignee ont été stupéfaits par ce qui se passe sur la planète 143-Snoogie – le nom qu’ils ont donné à la Terre. Leur intérêt pour 143-Snoogie a commencé il y a environ 350 000 ans, lorsque Zurple a reçu une alerte sur son app IntelligenceWatch :

La vie sur 143-Snoogie a atteint l’intelligence fœtale.

Il était en train de casser la croûte avec Quignee à ce moment, et lorsqu’il a mentionné l’alerte, Quignee lui a dit “je te parie 2 odds qu’ils vont s’éteindre”, et Zurple a relevé le pari. Pourquoi pas ? C’est toujours rigolo d’avoir un groupe d’espèces à suivre et encourager.

Mais récemment, il y a environ 100 ans, les deux extraterrestres sont devenus beaucoup plus attentifs aux formes de vie sur 143-Snoogie, et maintenant ils sont carrément époustouflés par ce qui se passe sur la planète.

Pour comprendre pourquoi, pensons à leur pari et à ce qui pourrait faire gagner l’un ou l’autre des deux joueurs. Quignee veut que la race humaine s’éteigne. Méchamment. Zurple veut qu’ils “passent le cap”, quoi que cela puisse signifier. Nous y reviendrons plus tard.

Quelle que soit leur position, ils sont probablement attentifs aux schémas de vagues d’extinction au cours de l’histoire de la vie sur 143-Snoogie. Jetons-y un œil.

Ce que l’univers a d’effrayant

Les extinctions d’espèces sont comme les morts humaines – elles arrivent tout le temps, à un rythme tranquille. Mais une extinction de masse est, pour les espèces, comme une guerre ou une épidémie ravageuse pour les êtres humains : un événement rare qui raye de la carte une bonne partie de la population d’un coup. Les humains n’ont jamais fait l’expérience d’une extinction de masse, et si l’une d’entre elles arrivait, il est probable que cela sonnerait le glas de la race humaine – soit parce que l’événement en lui-même nous tuerait directement (par exemple une collision avec un astéroïde assez gros) soit parce que les conséquences d’un événement le feraient (par exemple quelque chose qui décimerait les réserves de nourriture ou changerait radicalement la température ou la composition de l’atmosphère). Le graphique ci-dessous montre les extinctions d’espèces animales au cours du temps (en utilisant l’extinction marine comme indicateur). J’ai indiqué les 5 principaux épisodes d’extinctions de masse et le pourcentage des espèces qui se sont perdues au cours de chacun d’entre eux (ce graphique n’inclut pas ce que beaucoup considèrent comme une nouvelle extinction de masse en cours actuellement, cette fois causée par les humains) :Graphique de Wikimedia Commons, Texte : Wait But Why

Un événement tel que l’extinction peut se produire à cause de nombreux facteurs différents. L’univers est un endroit violent et hostile, et nous sommes un groupe d’organismes fragiles capable de survivre dans des conditions très précises. Nous existons pour l’instant parce que l’univers en a décidé ainsi. Quelques trucs qui pourraient nous effacer du tableau :La plupart de ces catégories sont expliquées dans cette conférence de Ted

  • Une Supernova près de nous. Les supernovas, les plus fortes explosions dans l’univers, se produisent lorsque les étoiles géantes meurent. Si l’une d’entre elles explosait dans un rayon de 30 années lumière (ce qui se produit environ tous les 250 millions d’années) on serait sans doute cuit.es.
  • Une explosion de rayons gamma. Les explosions de rayons gamma sont les événements les plus brillants de l’univers. Ils se produisent lorsque le cœur d’une étoile massive se fusionne en des éléments de plus en plus lourds jusqu’à ne plus pouvoir se fusionner. Alors l’étoile s’effondre en formant un trou noir, rejetant un double éclair tellement énorme qu’il libère autant d’énergie en quelques secondes que le Soleil pendant ses 10 milliards d’années de vie. Les explosions de rayons gamma sont beaucoup plus rares que les supernovas : elles ne surviennent dans chaque galaxie qu’en de rares occasions tous les millions d’années. Mais à la différence d’une supernova (qui se produit deux fois par siècle dans une galaxie comme la nôtrehttp://www.space.com/6638-supernova.html) une explosion de rayons gamma peut foutre en l’air notre journée depuis beaucoup plus loin, à n’importe quel endroit de notre galaxie – si elle est pointée dans notre direction. Il existe d’ailleurs une hypothèse selon laquelle la première des cinq extinctions de masse pourrait avoir été causée par une explosion de rayons gamma.
  • Une éruption solaire géante. Les éruptions solaires sont très fréquentes, et le champ magnétique de la Terre nous protège d’elles (c’est ce qui produit les aurores boréales), mais nous avons observé sur d’autres étoiles semblables au Soleil des éruptions géantes occasionnelles, des millions de fois plus puissantes qu’une éruption normale. Une éruption géante de notre Soleil serait vraiment merdique. Et puisqu’on parle de champ magnétique…
  • Le renversement du champ magnétique de la Terre. Cela peut se passer à n’importe quel moment, il suffit que le champ magnétique de la Terre ait envie de faire son show – ce qui arrive en moyenne une fois tous les 500 000 ans. Le renversement n’est pas un problème en soi : c’est la transition qui est dangereuse. Pendant le processus de renversement du champ, il y a un laps de temps entre 100 et 1000 ans pendant lequel le champ magnétique est réduit à 5% de sa force normale. Et comme nous dépendons du champ magnétique pour être protégés, cela peut avoir des effets dévastateurs sur la vie. Des scientifiques ont montré des liens entre des renversements de champ magnétique et des extinctions de masse.
  • Un trou noir solitaire. De temps en temps, une de ces sales bêtes se balade dans le Système Solaire sans y être invitée et fait des ravages. Même sans passer près de la Terre, si un trou noir passait à environ 2 milliards de kilomètres de nous, il rendrait l’orbite de la Terre plus elliptique et alors les températures deviendraient beaucoup plus contrastées : 65 degrés l’été en moyenne, -45 en hiver. Pas sympa.
  • Des extraterrestres qui jouent aux connards. Je vais laisser le physicien Gerard O’Neill résumer : “la civilisation moderne occidentale a eu un effet destructif sur toutes les civilisations primitives avec lesquelles elle est entrée en contact, même dans les cas où elle a fait de gros efforts pour protéger et préserver la civilisation primitive. Je ne vois absolument pas pourquoi il ne nous arriverait pas la même chose”.http://original.futurehumanevolution.com/risks_greater_forces.php
  • Une épidémie globale. Alerte sans la fin hollywoodienne.
  • Un astéroïde. Ouille. Trop de choses à dire pour un petit paragraphe, voilà donc une boite bleue :

La Boîte bleue de “les impacts d’astéroïdes sont déplaisants

Il y a des astéroïdes et des comètesLes astéroïdes et les comètes sont presque la même chose, sauf que les astéroïdes sont composés de roches et de métal, alors que les comètes sont composées de roche et de glace. La plupart des astéroïdes se trouvent dans la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter, et la plupart des comètes se trouvent dans la ceinture de Kuiper et dans le nuage d’Oort, ce qui explique pourquoi elles sont glacées. La vapeur d’eau qui est créée par la fonte ou l’ébullition de la glace dessine la traînée rigolote derrière elles. Et tant qu’on y est : une météorite est juste un petit morceau d’un astéroïde ou d’une comète, un petit astéroïde quoi. Une météore est une météorite en train d’entrer dans l’atmosphère terrestre et qui prend feu, raison pour laquelle elle est suivie par une traînée de feu – c’est-à-dire qu’une météore est une étoile filante. Une météorite est un morceau de météore qui parvient à survivre à son entrée dans l’atmosphère et atterrit. qui crapahutent un peu partout dans le Système Solaire, dont la taille varie entre le galet et la planète naine, mais ces charmantes bestioles se trouvent principalement dans trois endroits : 1) la ceinture d’astéroïdes entre les orbites de Mars et de Jupiter (qui aurait pu en théorie devenir une planète mais en a été empêchée par l’énergie gravitationnelle de Jupiter) 2) La ceinture de Kuiper, beaucoup plus grande, qui entoure l’orbite de Neptune et 3) le nuage de Oort, beaucoup, beaucoup plus grand, une énorme sphère d’objets qui entourent le Système Solaire.

Petite mise à niveau d’échelles : Si le Système Solaire mesure la taille d’une pièce de monnaie (environ 2 centimètres), avec Neptune représentée par une tête d’épingle qui tourne autour de l’axe (et l’orbite de la Terre tellement petite qu’elle est juste un point au centre), la ceinture d’astéroïdes est un tout petit cercle dessiné au crayon au centre de la pièce, d’un rayon d’environ 2 millimètres. La ceinture de Kuiper est un large cercle autour de la pièce (un peu comme les anneaux autour de Saturne) dessiné avec le doigt. Le nuage d’Oort n’est pas un disque comme les deux autres, c’est une sphère qui commence à environ 30 centimètres de la pièce dans toutes les directions, sur environ 25 mètres, un peu plus grand que la Navette Spatiale TerreVoilà la taille du SpaceShip Earth (Navette Spatiale Terre), au Walt Disney d’Orlando. Et tant qu’on y est, l’étoile la plus proche est à 90 mètres de la pièce – un peu plus de trois fois la distance entre la pièce et l’extérieur de la sphère du nuage d’Oort. Donc si le Système Solaire est à une extrémité d’un terrain de football, l’étoile la plus proche est de l’autre côté du terrain et Voyager 1, l’objet le plus rapide jamais fabriqué par des humains, qui s’est éloigné de nous à grande vitesse depuis 38 ans, a seulement voyagé 4 centimètres, devenant ainsi l’objet fabriqué par des humains qui a voyagé le plus loin. Il faut que j’arrête et que je revienne à mon post mais c’est difficile parce que je m’amuse bien dans ce paragraphe.

Revenons aux astéroïdes.

On peut être frappés par un astéroïde ou une comète (j’utiliserai à l’avenir le mot “astéroïde” pour me référer aux deux) qui aurait été expulsé.e de son orbite normale par une collision ou une perturbation gravitationnelle (probablement causée par Jupiter ou par une étoile qui passe par là).

Un astéroïde n’a pas besoin d’être énorme pour tout foutre en l’air. En 1908, un tout petit astéroïde de 60 mètres a explosé  dans le ciel à 5 ou 10 kilomètres au-dessus de la Sibérie. Même à cette distance, il a couché 80 millions d’arbres. S’il était arrivé sur la Terre, il aurait explosé avec la force de 1000 bombes Hiroshima.http://www-th.bo.infn.it/tunguska/aah2886.pdf Un astéroïde avec un diamètre d’à peine 800 mètres enverrait assez de poussière dans l’atmosphère pour faire baisser la température de la Terre de façon radicale, ce qui aurait tout un tas d’effets dramatiques. En 1989, un astéroïde de cette taille est passé à l’intérieur de l’orbite de la Terre, exactement à l’endroit où la Terre était passée 6 heures auparavant. Et les effets d’un astéroïde plus gros ? Eh bien notez juste que chaque cicatrice d’impact d’astéroïde sur Jupiter est de la taille de la Terre :Image Wikimedia Commons

Le célèbre astéroïde qui a fait pleurer les dinosaures mesurait environ 10 kilomètres de diamètre. Si nous étions frappés par l’un d’entre eux, nous serions d’abord rôtis par une vague de chaleur dix fois plus élevée que la surface du Soleil dans la zone proche de l’impact, alors que l’astéroïde, plongeant du ciel à une vitesse cent fois supérieure à celle d’un boulet de canon, comprimerait l’air devant lui. Juste après, une onde de choc quasiment instantanée se répandrait et détruirait tout à un millier de kilomètres à la ronde. À ce point, avec la force de plus d’un milliard de bombes Hiroshima, l’explosion enverrait un millier de kilomètres cubes de roches provenant de l’astéroïde et de la zone d’impact dans l’espace, créant ainsi un mur noir plus haut que les nuages en face de tous les habitants de la Terre. Lorsque toutes ces roches pleuvraient dans l’atmosphère, elles deviendraient des boules de feu, ce qui incendierait les villes et les forêts partout sur la Terre. Bientôt, la Terre serait incroyablement chaude, des séismes se déclencheraient en chaîne, des volcans entreraient en éruption partout dans le monde, des tsunamis inouïs se fracasseraient sur toutes les côtes. S’ensuivrait la formation d’un nuage de poussière qui entourerait la Terre entière et bloquerait le Soleil pendant des mois, voire des années, refroidissant la Terre considérablement – et le climat ne reviendrait pas à la normale avant au moins mille ans.

Tout ça après avoir été frappés par quelque chose qui, si la Terre faisait la taille d’une maison de trois étages, serait de la taille d’un petit pois.

La Terre elle-même ne serait pas trop affectée par l’impact – mais les conditions de vie sur sa surface seraient immensément perturbées à cause de leur fragilité. Vous pouvez regarder une vidéo stressante qui illustre ce que je viens de décrire.

Ce qui est encore plus effrayant, c’est que les astéroïdes sont quasiment invisibles dans l’espace, et très difficiles à détecter. Des agences de l’espace et des astronomes amateurs essaient de suivre à la trace certains des astéroïdes qui pourraient représenter une menace, mais il est probable que nous ne nous rendrions pas compte de l’arrivée d’un astéroïde avant qu’il apparaisse dans le ciel.Quand j’ai interrogé Musk à propos des astéroïdes, il m’a dit qu’une comète à longue période – comme celles qui viennent du nuage d’Oort – représente en fait “un risque beaucoup plus grand qu’un astéroïde”, mais après il s’est rendu compte qu’il était en retard pour un rendez-vous et il a dû raccrocher, et je n’ai pas eu l’occasion de lui demander de m’expliquer plus en détail, donc je mets juste ça là dans cette note parce que je ne comprends pas.

En résumé, même si on a l’impression d’être en sécurité sur notre tranquille petite planète entourée d’un univers silencieux, on est plutôt comme dans une forêt qui est en ce moment calme et silencieuse – mais où de temps à autre un terrifiant monstre carnivore assoiffé de sang déboule et ravage la plupart des êtres vivants, les rayant carrément de la carte. Les extinctions de masse sur le graphique au-dessus nous racontent cinq histoires d’horreur du passé, lorsque notre tranquille Terre est devenue le théâtre de cauchemars impensables pour tout ce qui était vivant à ce moment. Et cela va se produire de nouveau – ici même, là où tu es assis. La seule inconnue est : quand ?

Regardons 600 millions d’années de la vie animale et les extinctions massives qui se sont produites en cours de route :

Quand on examine cette ligne chronologique, on comprend qu’il va sûrement se passer des choses moches dans le futur, mais que comme les échelles de temps sont gigantesques, la probabilité d’une catastrophe naturelle mettant fin à nos jours dans un futur proche est basse. Basse à quel point ?

D’après ce qu’on voit du passé, on peut déduire qu’il y a une bonne chance qu’une extinction de masse se produise dans les 50 prochains millions d’années, autrement dit une chance sur 50 000 qu’elle se produise dans les 1000 prochaines années. En proportion, c’est comme si quelqu’un dessinait un X sur le sol et disait qu’il est probable qu’un éclair touche cet endroit le mois suivant. Un cinquante millième d’un mois correspond à environ une minute, donc la probabilité que l’éclair touche cet endroit dans la minute est la même que celle d’une extinction de masse dans le prochain millénaire. En d’autres termes, se trouver sur la Terre au cours des 1000 prochaines années devrait donner le même sentiment de sécurité que se tenir debout à l’endroit où un éclair va tomber dans le prochain mois, pendant une minute.

Si un millénaire est une minute dans l’exemple de l’éclair, une vie humaine correspond à environ 5 secondes. Donc, la question est : comment est-ce que tu te sentirais si tu te tenais sur ce point pendant 5 secondes ?  Je ne serais pas forcément enthousiaste à l’idée d’y passer ne serait-ce qu’un moment, et ces 5 secondes seraient sans doute stressantes – mais je serais presque sûr que tout irait bien. Et voilà comment nous devrions nous sentir en vivant sur Terre – au moins en ce qui concerne les catastrophes menant à des extinctions de masse.

Et si tu penses simplement à ta propre vie, ou même à celle de tes descendants sur 10 générations, être obligé de rester sur Terre n’est pas vraiment un problème.

Mais si tu es préoccupé par le futur de l’humanité en tant qu’espèce, tu dois penser différemment. Si les humains restent confinés sur la Terre pour toujours, c’est la même chose que si une personne reste pendant plusieurs mois sur le point. Et comme le graphique nous montre qu’une extinction de masse a lieu tous les deux mois environ, ce n’est pas une idée géniale, si ? Peut-être que notre technologie peut nous aider à survivre à quelques éclairs, mais ça serait quand même horriblement désagréable de passer par là, et n’importe quel éclair peut nous exterminer.

Regardons la situation d’une autre manière. Imaginons que la Terre est un disque dur, et chaque espèce sur la Terre, dont la nôtre, est un document Excel sur ce disque dur, rempli de trillions de lignes d’information.  En utilisant notre échelle du temps compressée, dans laquelle 50 millions d’années correspondent à un mois, voilà ce que nous savons :

  •  Maintenant, nous sommes en février 2017.
  • Le disque dur (la Terre) a été créé il y a 7 ans et demi, début 2009
  • Il y a un an, en février 2016, le disque dur a été rempli avec de nouveaux documents (l’apparition des animaux). Depuis ce moment, de nouveaux documents Excel ont été créés continuellement et d’autres ont eu un message d’erreur et ont arrêté de s’ouvrir (extinction d’espèces)
  • Depuis décembre 2015, le disque dur a connu 5 bugs (extinctions de masse), en mars 2016, en avril 2016, juillet 2016 et novembre 2016 (Note Antoine : le texte mentionne “5 bugs”, mais seuls 4 sont cités). À chaque fois que le disque dur a eu un bug, il a rebooté quelques heures plus tard, mais après le redémarrage environ 70% des documents Excel avaient disparu. Sauf lors du crash de juillet 2016, qui a effacé 95% des documents Excel.
  • Désormais on est en Mars, et le document Homo Sapiens a été créé il y a environ 2 heures.

Maintenant, si vous possédiez un disque dur avec un document Excel hyper important dessus, et que vous saviez que le disque dur a une tendance à planter à peu près tous les deux mois, quelle est la chose évidente que vous feriez ?

Vous feriez une copie sur un deuxième disque dur.

Voilà pourquoi Elon Musk veut envoyer 1 million de personnes sur Mars.

Pourquoi un million de personnes ? Parce que Musk pense que c’est à peu près la quantité nécessaire de personnes pour former une population complètement autosuffisante. Dans ce cas, “autosuffisante” a une signification simple : cela veut dire que si la Terre disparaissait, la population sur Mars pourrait tout de même survivre, prospérer et grandir. Ils ne dépendraient pas du tout de la Terre. S’il faut creuser des mines… On a besoin de gens capables de le faire. Besoin de construire un nouvel hôpital ? De lancer une fusée pour réparer un satellite internet en panne ? D’améliorer l’agriculture pour faire face à une pénurie ? Des mesures d’urgence à cause d’une guerre ? La population de Mars doit pouvoir couvrir toutes ces éventualités. Musk ne pense pas que 10 000 personnes ou même 100 000 personnes suffiraient – mais un million, oui.

Ce concept – faire de l’espèce humaine une espèce multi planétaire et autosuffisante – est souvent appelé “redondance planétaire”. Musk l’appelle “assurance-vie pour les espèces”. Je l’appelle “sauvegarder le disque dur”.

Il va sans dire que le disque dur de Mars n’est pas plus sûr que celui de la Terre. Il serait vulnérable à peu près aux mêmes choses et planterait environ tous les deux mois. Mais dans la plupart des cas, les bugs du disque dur arriveraient à des moments différents. Si l’un des disques durs plantait vraiment méchamment et que notre document Excel sur ce disque était définitivement perdu, l’autre serait toujours là – et nous aurions sans doute largement le temps de faire une autre sauvegarde.

Donc maintenant, tu as sauvegardé le précieux document sur deux disques durs. Tu te sens bien mieux. Mais si le document était vraiment important pour toi, tu ne te satisferais sans doute pas de deux disques durs. Tu voudrais le copier sur tout un tas d’autres disques durs. Mais quelles autres options avons-nous ? C’est le moment d’ouvrir une autre boîte bleue.

Quelles planètes semblent de bons endroits pour vivre ?

Passons-les en revue.

Mercure

Mercure a la malchance d’être la planète la plus proche du Soleil, ce qui est l’équivalent d’être assis à table à côté d’un gros monsieur de 250 kilos vraiment très chaud. Et si vous vous trouviez sur Mercure, vous seriez confrontés à une température d’environ 430 degrés – tellement chaud que si vous faisiez tomber une bille de plomb sur le sol, elle fondrait immédiatement. Il n’y a presque pas d’atmosphère sur Mercure, donc pendant que vous seriez en train de brûler vif, vous vous trouveriez aussi dans un quasi-vide, ce qui extirperait aussitôt l’air de vos poumons et commencerait à vaporiser l’humidité de votre peau. Le manque d’atmosphère signifierait aussi que vous seriez méchamment empoisonné par les radiations du Soleil (qui aurait l’air deux fois et demi plus gros dans le ciel que sur Terre). Point positif, la gravité sur Mercure représente seulement 38% de celle qu’on trouve sur Terre : vous pourriez donc sauter partout avec un air stupide avant de mourir instantanément. À ce stade, vous êtes impatient.e que la nuit arrive… et vous apprenez avec tristesse que le cycle jour/nuit dure 58 jours sur Mercure.

Un mois plus tard, lorsque la nuit arriverait enfin, vous seriez d’excellente humeur pendant une minute avant de vous rendre compte que maintenant il fait -170 degrés, ce qui est 66 degrés plus bas que la température la plus basse jamais enregistrée sur Terre (à la station Vostok en Antarctique). C’est parce qu’il n’y a aucune atmosphère qui piège la chaleur du Soleil ou la distribue sur la planète. Vous seriez aussi toujours dans le vide, et vous devriez attendre un autre mois en mourant de froid pour pouvoir de nouveau brûler à mort au lever du Soleil.

La meilleure option serait de rester près des pôles car, bien qu’ils soient en permanence dans le noir et qu’il y fasse un froid de canard, au moins il y a de la glace : il serait donc possible de continuer à s’hydrater. En théorie, une base humaine pourrait être construite là, mais elle serait petite.

Quand j’ai demandé à Musk ce qu’il pensait de Mercure, il m’a dit que c’était un “putain d’enfer”, ce qui a mis abruptement fin à la conversation.

Vénus 

Vénus, forte de sa volonté de gagner le prix de la planète la plus pourrie pour vivre, est parvenue à faire ressembler en comparaison la vie sur Mercure à du farniente sur la plage.

En fait, vivre dans le vide est clairement plus enviable que son opposé complet sur Vénus, car il y règne une atmosphère incroyablement lourde. Voilà en gros comment se passerait notre visite sur Vénus :

D’abord, l’air est composé à 96% de CO2, du poison à respirer.

Ensuite, l’atmosphère sur Vénus n’est définitivement pas adaptée à notre statut d’humain : comme elle est 90 fois plus lourde que sur Terre, on serait aussitôt aplatis par la pression. Cette pression correspond à celle que l’on trouve un kilomètre sous l’océan – trois fois plus profond que nous ne soyons jamais descendus. Si par miracle tu parvenais à rester debout, la résistance de l’air serait tellement forte que bouger ton bras dans l’air serait comme le bouger dans l’eau.

Et puis en fait, on s’en fout des points précédents puisqu’il fait 465 degrés. Imagine te réchauffer dans un four tellement chaud que le plomb fond, puis le réchauffer encore 50 degrés de plus, et ensuite en faire la température de toute la planète. Pendant la nuit (qui encore une fois met un moment à tomber) le jour sur Vénus est plus long que l’année Vénus tourne dans le sens inverse de la Terre, le Soleil se lève à l’ouest. Beaucoup d’astronomes pensent que c’est parce que Vénus est à l’envers, ce qui pourrait être dû à une collision tellement forte qu’elle aurait changé son sens de rotation.), la température sur Vénus reste toujours exactement la même parce que la lourde atmosphère enferme la chaleur.

Pendant la journée, tu vivrais toutes ces sympathiques expériences sous une lumière trouble, à travers un filtre de nuage rouge-orangé. Le Soleil serait simplement perceptible comme une partie plus brillante et jaune du ciel. Pendant la nuit, tu vivrais dans un noir d’encre sans étoiles – tout en étant aplati par une fournaise ultra pesante. Au moins il n’y aurait pas d’insectes.

Étant donné tout ce que j’ai dit précédemment, je suis super impressionné par l’atterrisseur de Venera 13, un robot soviétique qui est parvenu à descendre jusqu’à la surface de Vénus en 1982 et à rester en vie pendant 127 minutes – assez pour prendre ces deux photos, les seules images que nous ayons de la surface de Vénus :

Le vent n’est pas un problème sur Vénus, où tu sentirais juste une légère brise – mais si tu montes dans l’atmosphère cela changera rapidement. L’atmosphère haute de Vénus est une autre espèce d’enfer : des vents plus forts que les pires ouragans que nous ayons connus soufflent sans discontinuer, et des gouttelettes d’acide sulfurique (celui-là même qu’on utilise pour déboucher les canalisations) te caressent le visage. Sacrée Vénus.

Curieusement, si on monte tout en haut de l’atmosphère hostile de Vénus, on sera récompensé à notre grande surprise par des conditions de vie agréables. Par le plus grand des hasards, en surplomb des nuages, il y a une couche d’atmosphère dans laquelle la température et la pression sont semblables à celles de la Terre, et comme l’oxygène et le nitrogène montent dans l’atmosphère dense de Vénus (à la manière de l’hélium sur la Terre), l’air dans cette couche est en fait presque respirable. Voilà ce qui a conduit quelques scientifiques  à discuter de la possibilité d’une colonisation humaine de l’atmosphère haute de Vénus, en construisant des “villes flottant à environ 50 kilomètres d’altitude dans l’atmosphère de Vénus”.http://scitation.aip.org/content/aip/proceeding/aipcp/10.1063/1.1541418

Quand j’ai demandé à Musk ce qu’il pensait de Vénus, j’ai été surpris de l’entendre suggérer que la planète pourrait être rendue viable “avec d’extrêmes difficultés”. Il dit que dans très longtemps, avec des technologies beaucoup plus avancées, il pourrait y avoir la possibilité de “nettoyer” en grande partie l’atmosphère et peut-être en faire une option de colonisation dans un futur lointain.Détails de cette citation : “Il faudrait mettre en place des bloqueurs de soleil, refroidir et désacidifier radicalement l’atmosphère, et une fois qu’elle aurait refroidi on aurait plein d’océans, donc la densité atmosphérique baisserait de manière substantielle – mais ça serait vraiment difficile à faire.”

Mars 

Si Mars était un endroit sur Terre, personne ne voudrait jamais y mettre les pieds. Mais quand il s’agit de débattre à propos de la possibilité d’aller habiter sur d’autres planètes, qui se trouvent toutes être cauchemardesques, Mars peut devenir bizarrement attractive.

En gros, Mars, c’est l’Antarctique en plus froid, ça ressemble au désert du Sahara avec un air impossible à respirer et un soleil radioactif à mort (littéralement, si tu y restes trop longtemps exposé). L’endroit le plus viable de Mars l’est radicalement moins que le moins viable endroit sur Terre. Cependant, les conditions sont suffisamment raisonnables pour survivre sur Mars à condition d’être équipé d’une maison bulle, d’un petit jardin avec une serre, et de bonnes combinaisons spatiales. Il y a même de l’eau sur Mars (beaucoup) sous forme de glace dans les pôles, et si tu te trouves au bon endroit de la planète et au bon moment, tu peux profiter d’une agréable température de 20 degrés. Ou au moins regarder par la fenêtre de ta maison et être content parce que tu sais qu’il fait bon dehors.

Un jour sur Mars (on l’appelle un “Sol”) dure environ 24h30, ce qui conviendra parfaitement aux humains et aux plantes. Et avec 38% de la gravité terrestre, on peut fonctionner plus ou moins normalement. Il y aurait des côtés amusants, comme sauter dans un cerceau à plusieurs mètres de hauteur ou vivre au deuxième étage de ton immeuble et en sortir par la fenêtre (grosso modo, un tiers de la gravité signifie que sauter d’une hauteur X sur Terre serait l’équivalent de sauter d‘une hauteur 3X  sur Mars).

La plus grosse attraction touristique du Système Solaire se trouve aussi sur Mars – la montagne la plus haute du Système Solaire, le mont Olympe :Image:http://beforeitsnews.com/conspiracy-theories/2015/03/olympus-mons-on-mars-the-tallest-planetary-mountain-in-the-solar-system-2468752.html

Il pourrait recouvrir tout l’Arizona et fait passer l’Everest pour un contrefort :Image: http://www.pianeta-marte.it/marte_in_cifre/english_guinnes_of_mars.htm

Sans mentionner le Canyon de Mars, à côté duquel le Grand Canyon ressemble à une rigole :Image http://www.pianeta-marte.it/marte_in_cifre/english_guinnes_of_mars.htm

Nous rentrerons dans les détails plus tard, mais en théorie, avec suffisamment d’efforts et de technologie, les humains pourraient terraformer Mars, afin d’en faire à terme une planète agréable à vivre, avec des arbres et des océans, et sans besoin de porter une combinaison spatiale à l’extérieur.

La boite très bleue de la distance relative entre les planètes

Nous sommes sur le point de nous éloigner beaucoup plus du Soleil, donc essayons de contextualiser les distances. Pour ce faire, nous pouvons diviser le Système Solaire en trois parties plus ou moins égales, chacune d’un milliard de kilomètres, ou 10 AU (une AU équivaut à la distance entre la Terre et le Soleil) :

1er tiers : du Soleil à Saturne

2ème tiers : de Saturne à Uranus

3ème tiers : d’Uranus à NeptuneLorsque Pluton était encore une planète, il était éloigné de 10 AU de plus, donc on aurait pu couper le système solaire en quatre parties égales de 10 AU chacune.

Donc si le Système Solaire est ramené à un mètre, Saturne, Uranus et Neptune se trouvent à 33 centimètres de distance, Jupiter est à environ 17 centimètres du Soleil, coupant le premier tiers en deux, et les quatre autres sont toutes entassées dans les 4 premiers centimètres :

Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune

J’espère que vous avez apprécié les sols, parce qu’aucune des autres planètes n’en dispose. Voilà comment toutes ces planètes lointaines sont devenues tellement bizarres :

Il y a 4,6 milliards d’années, un énorme nuage de gaz existait dans l’espace lorsqu’un événement a perturbé son processus de condensation. Pour la matière de l’univers, la conséquence est claire : tout d’un coup c’est jeudi noir et c’est la course acharnée pour attraper autant de matière que possible. Comme n’importe quelle étoile ou planète te le dira, la clé est d’attraper du plomb au plus vite. Si tu commences avec plus de masse que les autres, ce sera plus facile pour toi d’en récupérer encore plus et de grossir, renforçant ainsi ta situation privilégiée. Quand quelqu’un commence à mener la course dès le début, c’est vraiment difficile de le rattraper.

Le vainqueur finit par devenir une étoile – tous les autres seront forcés de devenir des paparazzis et tourner bêtement autour de l’étoile pendant 10 milliards d’années, jusqu’à ce que l’étoile soit épuisée, se retire, et qu’un nouveau jeu commence.

Dans le cas de notre Système Solaire, le Soleil a remporté une victoire écrasante, en accumulant à lui seul 99,8% de la matière des nuages de gaz. À ce stade, c’est devenu une bataille sanglante pour les miettes. Ceux qui parviennent à en ramasser suffisamment ont au moins la chance de devenir des planètes. Ceux qui échouent connaîtront la honte de devenir le paparazzi d’une planète – une pauvre lune.

La matière malchanceuse au point de ne parvenir à devenir ni une étoile, ni une planète, ni même une lune, sera condamnée soit à devenir un astéroïde – le clochard du Système Solaire – soit à être absorbée dans un corps plus grand dans lequel elle perdra son identité. Le monde du dehors est dur pour les faibles.

Pendant cette course autodestructrice, une chose bizarre peut se produire. Il arrive qu’une certaine matière soit trop inexpérimentée pour maîtriser la règle d’or de la formation du Système Solaire – reconnaître sa défaite. Mercure, Vénus, la Terre et Mars ont clairement lu les signes, et compris assez tôt que le Soleil avait accumulé trop de plomb et avait déjà gagné la course pour devenir une étoile. Ainsi sont-elles passées à autre chose sans rancune, en essayant de devenir des planètes.

Les quatre géantes gazeuses,Le terme le plus classe pour définir Uranus et Neptune est “planète géante de glace” – parce qu’elles sont faites de matériaux plus lourds qui ont pris la forme de la glace à cause des températures qu’elles subissent, et l’hydrogène et l’hélium, les gaz majoritaires dans les grosses géantes gazeuses, ne représentent qu’une petite partie de leur masse. Une distinction assez ennuyeuse somme toute, et aucune de ces quatre planètes n’a de surface solide de toute façon, donc on peut continuer à les appeler géantes gazeuses. par contre, ont continué la course en vain, récupérant du gaz dans une tentative triste et désespérée de renverser la situation. Et lorsque tu fais ça, tu finis dans une situation pas terrible – celle, étrange, d’une “presque-étoile-mais-pas-vraiment”. Jupiter est composée d’hydrogène et d’hélium, comme le Soleil, mais à la différence du Soleil, Jupiter n’a pas assez de masse pour déclencher un processus de fusion, seulement assez pour rappeler à tout le monde sa tentative ratée de devenir une étoile.

Les géantes gazeuses ne l’admettraient pour rien au monde, naturellement. Quand il est devenu complètement évident qu’elles ne deviendraient jamais des étoiles, toutes les quatre ont rapidement changé de position et ont prétendu que leur objectif avait toujours été de devenir des planètes. Résultat des courses, elles se retrouvent dans un no man’s land déprimant entre étoile et planète normale et devront passer 10 milliards d’années à être des planètes boursouflées et sans surface.

On ne sait pas vraiment ce qu’il se passe à l’intérieur d’une géante gazeuse comme Jupiter.Mais ce dont nous avons connaissance, c’est des sons qui sortent de Jupiter, grâce aux enregistrements du robot Voyager, (attention aux cauchemars). Si tu essayais d’aller le vérifier par toi-même, tu traverserais d’abord les nuages extérieurs, tombant de plus en plus vite à cause de la gravité deux fois et demi plus forte que sur la Terre. Au fur et à mesure de ta chute, tout deviendrait plus sombre, plus chaud, et la pression augmenterait graduellement. Tu finirais par arriver dans un endroit noir comme un four, la température serait plus élevée que celle de la surface du Soleil, et à cause de la quantité massive d’atmosphère au-dessus de toi, le gaz qui t’entoure serait tellement pressurisé que tu ne pourrais pas le distinguer d’un liquide (on appelle ça l’état “super-critique”).Normalement, pour rendre l’hydrogène liquide, il faut l’amener à une température de congélation, en-dessous de son point d’ébullition. Mais dans ce cas, c’est une autre manière d’atteindre cet état – en comprimant tellement les molécules de gaz les unes contre les autres qu’elles sont forcées à devenir un liquide. L’hydrogène liquide chaud est un concept étrange. L’hydrogène se condenserait alors tellement que les électrons commenceraient à circuler d’atome en atome, et tout deviendrait une mer d’hydrogène métallique conducteur d’électricité. Il y a un débat sur l’existence ou non d’un cœur solide tout au centre de Jupiter.

En revanche, il n’existe aucun débat sur l’éventuelle possibilité pour les humains de déménager sur Jupiter. Ou Saturne. Ou Uranus. Ou Neptune.

Ceci dit, les humains pourraient éventuellement déménager sur les grosses lunes rocheuses, couvertes de glace, autour de Jupiter et de Saturne. Mais la température ne serait pas vraiment agréable. On pourrait aussi envisager l’installation sur notre propre Lune, mais ça ne serait qu’une version tranquille de la situation sur Mercure – des températures qui de jour peuvent porter l’eau à ébullition, et de nuit condensent l’oxygène en liquide, sans aucune protection contre les radiations solaires. Et le cycle de rotation de 28 jours obligerait les plantes à survivre deux semaines d’affilée dans le noir – pas évident.

Quand j’ai demandé à Munsk où les humains pourraient déménager en dehors de Mars, il m’a dit qu’il y avait une poignée d’endroits qui pourraient fonctionner à condition que nos technologies deviennent suffisamment avancées – plusieurs lunes, certains des astéroïdes les plus gros, voire même Mercure ou Vénus en étant vraiment optimistes, mais il a fini par dire “Mars reste quand même de loin la meilleure option”.

Avant de revenir à notre monde pas bleu dans le post normal, est-ce qu’on peut reconnaître à quel point vivre sur Terre semble paradisiaque maintenant ?? Imagine le privilège de vivre dans un climat tempéré, avec la pression et la gravité modérées qu’on a, une brise légère, des pluies faites d’eau, plein d’océans remplis d’eau, une protection magnétique et atmosphérique contre les radiations solaires, de la nourriture partout et de l’air que tu peux simplement respirer. Il faut vraiment beaucoup de conditions réunies dans un ordre très précis pour que tu puisses juste marcher dehors sans combinaison spatiale. Alors apprécions à sa juste valeur le luxe de vivre sur Terre pendant, disons, les sept prochaines minutes, ensuite on pourra tous ensemble l’oublier et s’en foutre royalement comme d’habitude.

Recentrons-nous. Jusqu’à présent, nous avons établi que :

  • Sauvegarder le disque dur de l’humanité est quelque chose que nous devrons faire à un moment donné – en ayant comme maintenant tous nos œufs dans le même panier, on court le risque d’une extinction de notre espèce.
  • Mars est de loin le meilleur endroit pour sauver l’espèce humaine.
  • Mais avec suffisamment de technologie, nous pourrions créer beaucoup plus de sauvegardes, en colonisant une dizaine de lunes, astéroïdes et planètes dans le Système Solaire.

Une autre option rigolote : les scientifiques ont exploré un paquet d’idées pour créer des habitats artificiels dans l’espace. Bien sûr, nos idées actuelles sont limitées par notre imagination, mais j’entrevois un futur dans lequel la vie sur d’autres planètes semblera aussi préhistorique aux gens du futur que la vie dans des grottes aux yeux de nos contemporains. Au cours des quelques milliers d’années qui viennent de s’écouler, les humains ont inventé le concept d’être “dedans”, et maintenant presque tout le monde pense au foyer comme un intérieur. Donc peut-être que dans le futur, un habitat spatial géant avec des montagnes, des rivières, des arbres et des millions de personnes sera l’équivalent de l’invention de “l’intérieur”, mais pour tout un monde. Et l’idée d’être à la merci du climat, des tremblements de terre et des astéroïdes sera l’équivalent pour nous maintenant d’être dans une grotte, en se préoccupant d’être attaqués par une bande de loups pendant notre sommeil. Peut-être.

Dans tous les cas, une fois que des millions d’humains vivront dans plusieurs corps célestes ou habitats, le document Excel “humanité” sera en sécurité, et l’humanité devrait être à même de survivre pendant un bon moment.

Petit détail qui change tout…

Bien sûr, tous ces disques durs sont toujours entreposés dans le même Système Solaire, et si toutes tes sauvegardes sont dans la même maison, celle-ci n’a pas intérêt à brûler. Et, de la même façon que malheureusement le disque dur que nous utilisons va planter à un moment ou un autre, nous vivons dans une maison qui est programmée pour brûler un jour. Le Soleil en est environ à la moitié de sa vie. Voilà le script de l’acte II :Je sais que je ne devrais pas utiliser Wikipédia parce ça attriste tous les journalistes sérieux, et en général je ne le fais pas, mais dans ce cas précis, l’article Wikipédia Chronologie du futur lointain est génial, et parfait pour se faire une idée du moment où on va tous mourir et pourquoi. La liste est super déprimante, comme vous pourrez le constater.

Après avoir terrorisé la Terre, le Soleil continuera sur sa lancée et, une à une, rendra toutes nos potentielles maisons inhabitables. Heureusement, nous avons la bande de temps verte pour résoudre ce problème. Musk signale que nous sommes aujourd’hui à 90% du chemin entre la formation de la planète Terre et le moment où les océans s’évaporent, la chaleur devient invivable et toute la vie complexe meurt – “donc si la vie intelligente avait eu besoin de seulement 10% de temps en plus pour se former , elle ne se serait jamais développée.”Dans une autre conversation, Musk a été plus précis : “Il y a un gros risque d’extinction de la vie multicellulaire sur Terre si la température ambiante excède la température de dénaturation des protéines. Alors en prenant en compte le refroidissement de l’évaporation (entre 60 et 65 degrés), il nous reste probablement 200 à 400 millions d’années.” Quant à notre évolution, nous sommes apparus au cours de la neuvième manche, juste à temps – maintenant on a intérêt à partir à la découverte d’autres planètes, voire d’autres étoiles, avant d’être balayés de l’existence.

Une bonne nouvelle dans tout ça quand même : les échelles de temps sont énormes. Les gros caprices du Soleil ne commenceront pas avant très très très longtemps, et je suppose que si nous arrivons jusqu’à la fin de la bande de temps verte, à ce moment-là notre technologie nous permettra de A) nous déplacer facilement vers des espaces sûrs du Système Solaire et/ou B) devenir une espèce multi-soleil capable de se réfugier dans un autre système solaire viable dans la galaxie et/ou C) créer des habitats sûrs qui génèrent de l’énergie sans avoir besoin d’une étoile – grâce à l’énergie nucléaire ou, beaucoup plus probablement, à une technologie que nous ne connaissons pas encore aujourd’hui.

Voici donc notre liste de choses à faire :

  1. Devenir Terre-proof  (en l’occurrence multi-planétaires) avant que quelque chose ne provoque notre extinction sur Terre. Ce qui nous laisse plein de temps pour :
  2. Devenir système-proof avant que le Soleil ne fiche en l’air notre Système Solaire

Pour ce qui est du premier point, effectivement, la prochaine extinction de masse pourrait arriver à n’importe quel moment. Cependant, si durant les prochains millénaires on apprend à aller sur d’autres planètes, il est probable que nous serons sauvegardés avant qu’une grosse catastrophe se produise.

On peut donc considérer que les choses sont plus ou moins sous contrôle – mais revenons à nos amis Zurple et Quignee. Si nous sommes encore à des milliers, voire des millions d’années d’une grosse catastrophe, alors pourquoi ont-ils les yeux rivés sur ce qui se passe maintenant ici à 143-Snoogle ?

Ce que les humains ont d’effrayant

Afin de mettre en images la transcendance requise pour devenir une civilisation multi-planétaire, Musk dit souvent que faire un zoom arrière sur l’histoire permet d’exposer les événements dans leur signification réelle. Plus tu t’éloignes, plus un événement doit être important afin de rester visible.

On peut jouer à faire un zoom arrière avec le monde physique. De là où tu es assis, les rues, les maisons et les voitures sont des objets de taille significative. Mais vus depuis un avion, ils sont tous mélangés, et seuls des éléments plus gros, comme des villes, des lacs et  des montagnes, restent visibles. Depuis la Station Spatiale Internationale, seuls les continents et les océans se distinguent. Si tu t’éloignes davantage, ce sera seulement les planètes et les étoiles. Encore plus, et seules les galaxies seront visibles.

Le même concept peut s’appliquer à l’histoire de la vie (on l’a déjà fait dans cet article). Pour passer au journal télévisé, il suffit qu’un événement soit le dernier rebondissement d’un scandale, un mouvement des marchés financiers, un vol, une manifestation, un événement sportif, un meeting politique. Ce sont des événements en général anecdotiques, mais ils passent le filtre.

Lorsque qu’on s’éloigne pour voir toute une année, c’est comme si on s’élevait d’une ville en avion : on est trop loin pour distinguer tous les événements  quotidiens, qui sont mélangés. À cette distance, seuls les événements les plus significatifs de l’année sont visibles, et les lignes plus générales de l’histoire, difficiles à identifier de près, gagnent en clarté : une attaque terroriste, une grosse élection, un nouveau produit ou service qui se répand dans le monde entier.

Regarder un siècle entier revient à observer la planète depuis la Station Spatiale Internationale. Les grandes histoires du siècle sont comme les continents et les océans qui ne peuvent pas être vus dans leur globalité depuis un avion – d’importantes évolutions culturelles ou politiques, des guerres et d’autres grandes tragédies, ainsi que leur façon de transformer l’état du monde, des découvertes scientifiques majeures, des avancées technologiques qui ont un impact sur les sociétés.

Si on s’éloigne davantage, à l’échelle de quelques millénaires, des histoires encore plus grandes prennent forme – l’émergence et la chute des empires, les zones de pouvoir des différentes religions, de nouvelles itérations dans les paradigmes scientifiques ou les avancées technologiques, des phénomènes qui affectent le monde pendant des siècles, comme l’âge de l’Impérialisme, la Révolution Industrielle, et la naissance des États-Nations.

Si on s’éloigne à 100 000 ans, on peut voir la totalité de l’histoire de notre espèce. Apparaissent les grandes migrations, le développement du langage, de l’agriculture, de l’écriture, et finalement la naissance du monde industrialisé.

Cependant, même à cette échelle gigantesque, on est encore trop près pour percevoir les grandes lignes de l’histoire de la vie en général. Car cette dernière évolue beaucoup plus lentement que l’histoire de la vie humaine.

Même en s’éloignant à 10 millions d’années, on peut encore trouver des traces de l’histoire de la vie. Dans notre propre ligne d’évolution, on distingue une diversification des grands singes, la séparation des humains et des chimpanzés, et la progression de l’Homo qui a fini par conduire à l’espèce humaine. Voilà le genre de détails que tu pourras voir pour d’autres espèces à une échelle de 10 millions d’années.

À une échelle de 500 millions d’années apparait maintenant la grande histoire des animaux. L’augmentation de la complexité avec l’apparition des poissons, puis des insectes, puis des reptiles, et finalement l’émergence des mammifères, et aussi l’ascension puis la chute des dinosaures.

Et si on effectue un zoom arrière complet (à 3,8 milliards d’années) l’histoire de la vie sur Terre, avec son origine à une extrémité et l’époque actuelle à l’autre bout, qu’est-ce qu’on va trouver d’important ?

On verra de simples cellules, ensuite des cellules complexes, puis la vie multicellulaire. On observe l’explosion de la vie dans sa diversité, la sortie de l’océan pour aller sur la terre ferme, et finalement l’émergence des mammifères et l’apparition de l’intelligence élevée.

Inclure l’émergence des mammifères et de l’intelligence sur la liste des évènements les plus significatifs de l’histoire de la vie peut sembler autocentré, mais ce n’est pas le cas, car c’est seulement par l’apparition de la conscience que la vie peut franchir un grand pas supplémentaire : devenir multi-planétaire.

Si les humains deviennent autosuffisants sur Mars, cela représenterait un tournant dans l’histoire entière de la vie sur Terre, qui apparaîtrait même au dernier niveau d’éloignement.

Et lorsque tu regardes les choses sous cet angle, tu te rends compte que ce que Neil Armstrong a dit sur “Le grand bond pour l’humanité” n’est pas tout à fait correct. Marcher sur la Lune entre dans la même catégorie qu’envoyer la première personne dans l’espace ou grimper l’Everest pour la première fois – c’est une grande réussite pour l’humanité. Mais si le premier animal marin à avoir marché sur la terre ferme avait tenu seulement une minute avant d’être balayé par une vague, on n’en aurait pas parlé comme d’un grand bond pour la vie, et c’est la même chose pour marcher sur la Lune. C’est seulement quand certains poissons ont muté et commencé à vivre sur la terre ferme de manière autosuffisante que la vie en général a fait un bond de géant. C’est en colonisant Mars de manière permanente que l’humanité fera un grand pas.

Mais ne devrait-on pas s’arrêter une minute et remarquer qu’il est un peu étrange qu’après 3,8 milliards d’années – 38 millions de siècles – j’affirme qu’au cours de notre siècle, nous allons peut-être faire un pas de géant comme l’histoire de la vie n’en a connu que six ou sept ? Comment est-ce possible ?

Et attends un peu, ça me rappelle quelque chose. Quand on a exploré le thème de l’intelligence artificielle on avait certainement l’impression que celle-ci  A) était quelque chose qui allait faire exploser les niveaux d’intelligence au cours de ce siècle et B) allait affecter de manière permanente et drastique toute la vie sur la planète (pour le meilleur et pour le pire). Est-ce que cela ne représenterait pas potentiellement un autre bond de géant ?

Et, alors que notre compréhension du génome humain progresse et que le génie génétique avance à toute vitesse, n’est-il pas concevable que dans un siècle, la science sache maintenir en vie les humains pendant beaucoup plus longtemps que la durée de vie normale et renverse le processus de vieillissement ? Si cela se produisait et qu’on vainque le vieillissement, ne serait-ce pas également un événement à marquer dans la liste des pas de géant de la vie ?

Qu’est-il en train de se passer ??

Soit je suis désespérément naïf, soit nous vivons une période très intense. Voilà ce qui est en train de se passer à mon avis.

Comme on l’a vu, le progrès peut avancer de façon exponentielle, car le progrès entraîne le progrès, et cela provoque un effet de boule de neige. On peut voir ça dans une série de taux de croissance exponentiels :

  •   L’impact des humains préhistoriques sur la nature est devenu beaucoup, beaucoup plus important qu’auparavant au cours des 100 000 dernières années – aucune autre espèce n’avait jamais eu autant d’impact, ni de manière aussi soudaine.

  • Si on zoome, on voit que le progrès de l’humanité au cours des 10 000 dernières années, à partir de la Révolution Agricole, a été beaucoup, beaucoup plus important qu’à aucune autre période de son existence.

  •  Si on zoome encore plus, l’explosion de l’industrie et de la technologie au cours des deux siècles qui ont suivi la Révolution Industrielle, entre 1815 et aujourd’hui, excède de loin, de très, très loin, les progrès de n’importe quelle période antérieure de 200 ans.

Et quand tu réunis tous ces graphiques, tu obtiens ce genre de tendance :

Donc, peut-être que je ne suis pas naïf – il y a peut-être bien une bonne raison  de croire que nous sommes au sommet d’une courbe de progrès exponentielle comme jamais auparavant dans l’histoire de la vie. Et puisque le progrès va de pair avec le pouvoir, notre espèce a maintenant un pouvoir sans précédent pour agir sur le monde.

Et à un certain point, ce pouvoir devient tellement énorme que des avancées qui auparavant demandaient des centaines de milliers d’années à la vie microbienne et animale peuvent désormais être accomplies en un siècle.

Lorsqu’une espèce devient tellement puissante qu’elle peut accomplir un bond dans l’histoire du vivant dans une échelle d’un siècle, cela revient en fait à pouvoir jouer à être dieu, dans beaucoup de domaines. Appelons cela “atteindre le niveau Dieu”. Si le progrès se trouve effectivement dans un processus d’accélération, il semble logique que l’espèce la plus avancée atteigne  le “niveau Dieu” à un moment donné, et de nombreux éléments nous montrent que les humains en sont très proches, voire y sont déjà parvenus – les avancées dans le domaine du voyage dans l’espace, de l’intelligence artificielle, des biotechnologies, de la physique des particules, des nanotechnologies et des armes, ouvrent la porte à une longue liste de possibles évolutions incroyables.

Dans cette longue liste, il y a une grande quantité de développements positifs qui pourraient doter l’humanité de l’immortalité, et une quantité encore plus grande de scénarios horribles qui pourraient faire disparaître l’espèce, causer une extinction de masse, voire mettre fin à l’existence de la vie sur Terre. Pour citer quelques exemples : une épidémie créée artificiellement, une catastrophe sur un accélérateur de particules, une chaîne de réaction de nanoboots incontrôlée, un développement de l’intelligence artificielle qui deviendrait une force ennemie, un emballement du changement climatique, et une tonne de choses qu’on ne peut même pas s’imaginer parce que la technologie n’est pas encore au point.

La plupart des scénarios positifs et négatifs dont on parle aujourd’hui ne se produiront jamais, mais certains d’entre eux pourraient bien se réaliser – surtout avec l’avancée continue des technologies – et en réalité nous vivons dans une période au cours de laquelle il est possible que nous soyons témoins de multiples évènements aussi significatifs que l’a été le déplacement de la vie de l’océan à la terre ferme. Non seulement nous pourrions être à l’orée de la grande avancée que représente la vie devenant multi-planétaire, mais également de plein d’autres grandes avancées.

D’autres signes nous poussent à penser que nous vivons une époque extraordinaire :

  • Pendant 99,8% de son histoire, la population humaine est restée en dessous du milliard de personnes. Au cours de 0,2% de son histoire, elle a dépassé le milliard, puis deux, trois, quatre, cinq, six et même sept milliards.
  • Jusqu’à il y a 25 ans, on n’avait jamais entendu parler d’un cerveau global qui permette une connectivité et un accès à l’information digne de Dieu. Aujourd’hui, nous avons internet.
  • Après n’avoir quasiment pas utilisé d’énergie au cours des 99 800 premières années de l’histoire humaine, au cours des deux derniers siècles nous sommes passés soudainement à l’Ère Fossile, faisant exploser d’un coup un gros morceau d’énergie carbonée stockée sous terre, sans réellement comprendre toutes les implications que cela pourrait avoir.
  • Les humains se sont déplacés à cheval pendant 999 des 1000 derniers siècles. Au cours du dernier siècle, on a commencé à se déplacer en voiture, en avion, et on a même marché sur la Lune.
  • Si une vie extraterrestre cherchait à  détecter d’autres formes de vie dans l’univers, il serait beaucoup plus facile de nous trouver maintenant qu’à aucun autre moment, puisqu’on projette des millions de signaux dans l’espace.
  • Alors qu’une extinction de masse se produit environ tous les 100 millions d’années, il se pourrait bien qu’on soit en train d’en provoquer une sixième par accident.

Si l’on fait un pas en arrière et qu’on regarde la situation, il devrait apparaître clairement que rien de ce qui est en train de se produire n’est normal. Les êtres humains ont à présent BEAUCOUP plus de pouvoir qu’aucune espèce sur Terre n’a jamais eu, et il semble très probable que si un historien extraterrestre écrit un jour une thèse sur l’histoire de la vie sur Terre, la période actuelle, quels qu’en soient ses débouchés, lui prendra une bonne partie de son temps de recherche.

Et voilà la raison pour laquelle Zurple et Quignee sont tellement scotchés sur notre époque. Ils regardent leurs téléphones, et voient une nouvelle alerte de leur appli “Intelligence Watch” :

La vie a atteint le Niveau Dieu sur 143-Snoogie.

Zurple et Quignee n’attendent pas qu’un astéroïde frappe la Terre ou que le soleil meure ou qu’une supernova explose – ils attendent de voir ce qui se passera au cours des 100 prochaines années.

Voilà l’enjeu réel de leur pari. Lorsque la vie sur une planète atteint un haut niveau d’intelligence, cela signifie en général qu’il manque quelques centaines de milliers d’années pour passer le cap ou s’éteindre. La vie va progresser de manière exponentielle jusqu’à ce qu’une espèce atteigne le Niveau Dieu, et alors elle devient capable de se rendre définitivement invulnérable ou de se détruire accidentellement – c’est une course de vitesse.

Et voilà pourquoi la première alerte de l’appli Intelligence Watch a indiqué que la vie avait atteint le niveau d’”intelligence fœtale” – parce que vu au travers d’un objectif en zoom arrière, atteindre l’intelligence première est l’équivalent du stade fœtal, mais c’est seulement en atteignant le “niveau Dieu” qu’on peut savoir si le résultat sera une fausse couche ou la naissance d’une nouvelle espèce intelligente au long terme. Les espèces qui atteignent le “niveau Dieu” puis entrent dans la phase de chaos qui en découle nécessairement, et finalement en sortent vivantes en ayant “passé le cap”, peuvent enfin se joindre au club des espèces adultes, intelligentes et immortelles.

Zurple et Quignee ont suivi 143-Snoogie depuis un moment à cause de leur pari, mais toute vie qui atteint le “niveau Dieu” dans la galaxie représente un événement sportif d’importance. C’est pourquoi 143-Snoogie est récemment devenue un thème d’actualité partout sur Uvuvuwu, et tout le monde suit les péripéties de l’histoire pour savoir si 143-Snoogie va passer le cap ou non.

Et s’il y a ne serait-ce qu’une toute petite chance que ce que je dis soit vrai, et que nous ayons réellement atteint un nouveau niveau de vie dans lequel nous aurons toutes sortes de nouveaux pouvoirs avec des conséquences inconnues et imprédictibles – et que nous sommes de complets amateurs…

N’est-ce pas l’occasion parfaite de sauvegarder le disque dur ?

Tout ce que tu as à faire est te mettre dans la situation de Quignee – imagine que tu fais un pari contre une espèce lointaine. Il y a plein d’argent en jeu, et tu as vraiment envie de les voir disparaître. Dans cette situation, de quoi tu as l’air si cette espèce parvient à devenir multi-planétaire? La colonisation de Mars par les humains est la dernière chose que souhaite Quignee. Sûrement, certains types de désastres pourraient détruire l’espèce même si elle se trouve sur plusieurs planètes, mais il est beaucoup plus facile qu’une espèce disparaisse si tous les œufs sont dans le même panier – et sauvegarder le disque dur représenterait un coup dur pour Quignee.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la table, Zurple a les yeux fixés sur l’écran, murmurant dans sa barbe “vas-y vas-y vas-yyyyy”. Son écran zoome sur un bâtiment industriel à Hawthorne, en Californie : le quartier général de SpaceX.


Musk n’est pas le seul à penser à Mars.

Stephen Hawking a dit :http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/1359562/Colonies-in-space-may-be-only-hope-says-Hawking.html ; https://www.linkedin.com/pulse/frantically-futuring-polymath-amazon-com-author-agostini

  Je ne pense pas que l’espèce humaine survivra aux prochains millénaires, à moins que nous partions à la découverte de l’espace… Nous sommes face à de nombreuses menaces pour notre survie : une guerre nucléaire, le réchauffement climatique et des virus créés par l’ingénierie génétique ; d’autres apparaîtront sans doute dans l’avenir, avec le développement de nouvelles technologies. Nous devons étendre nos horizons au-delà de la planète Terre si nous voulons avoir un futur à long terme, nous propager dans l’espace, et vers d’autres étoiles, afin qu’un désastre sur la Terre ne signifie pas la fin de l’espèce humaine… Une fois que nous nous serons propagés dans l’espace et que nous aurons établi des colonies indépendantes, notre futur devrait être assuré.

Le professeur de Princeton J. Richard Gott :http://www.nytimes.com/2007/07/17/science/17tier.html?ex=1342324800&en=ccf375ae9f268470&ei=5090&partner=rssuserland&emc=rss&_r=0

En 1970, tout le monde imaginait qu’il y aurait des humains vivant sur Mars à l’époque actuelle, mais nous n’avons pas saisi cette opportunité. Nous devrions le faire le plus tôt possible, car coloniser d’autres mondes est le meilleur moyen de nous couvrir et d’améliorer les chances de survie de notre espèce. Tôt ou tard, quelque chose va nous exterminer si nous restons sur une seule planète. Lorsque nous aurons de gros problèmes et que nous aurons besoin d’avoir une colonie sur Mars, il sera peut-être trop tard.

L’administrateur de la NASA Michael Griffin :http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2005/09/23/AR2005092301691.html

  À long terme, une espèce uni-planétaire ne survivra pas… Si nous, en tant qu’humains, voulons survivre pendant des centaines de milliers ou des millions d’années, nous finirons par devoir peupler d’autres planètes… Un jour, davantage d’humains vivront en dehors de la Terre que sur la Terre.

L’auteur de science-fiction Larry Niven l’a peut-être mieux résumé :http://www.goodreads.com/quotes/16687-the-dinosaurs-became-extinct-because-they-didn-t-have-a-space

Les dinosaures ont disparu car ils n’avaient pas de programme spatial. Et si nous nous disparaissons parce que nous n’avons pas de programme spatial, ce sera bien fait pour nous !

Ce qui inquiète le plus Musk est le paradoxe de Fermi. Le fait que nous n’ayons jamais reçu aucune preuve de vie extraterrestre le fait soupçonner qu’il y a “beaucoup de civilisations uni-planétaires mortes” dans le coin. Il nous met en garde : “si nous sommes très rares, raison de plus pour passer à l’étape multi-planétaire rapidement, parce que si la civilisation est quelque chose de ténu, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour améliorer nos maigres chances de survie.”

Voilà ce que Musk avait en tête en 2001 lorsqu’un ami lui a demandé ce qu’il pensait faire après PayPal. Musk se souvient de la conversation : “j’ai dit, eh bien, j’ai toujours été intéressé par l’espace, mais je n’avais jamais pensé pouvoir faire quelque chose en tant qu’individu. Mais j’ai continué ; il me semble clair que nous allions envoyer des humains sur Mars. Tout d’un coup, je me suis demandé pourquoi cela ne s’était pas déjà produit. Je suis donc allé faire un tour sur le site de la NASA pour voir quand ils avaient programmé d’y aller.”https://www.wired.com/2012/10/ff-elon-musk-qa/all/

Mais quand il a cherché sur le site, il a été choqué de trouver… rien du tout. Depuis les premières coupes budgétaires au début des années 1970, les projets de voyage vers Mars ont été repoussés après que de multiples tentatives pour obtenir des augmentations de budget se sont soldées par des échecs. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de projet du tout.

Donc Musk a trouvé une manière d’aider : il construirait une base sur Mars. Le projet – appelé Oasis Mars – devait consister en une mission sans but lucratif sur Mars qui enverrait une petite serre robotique sur la planète. La serre aurait un bras pour sonder la terre martienne, elle planterait une graine, et une fois que la plante aurait poussé, la serre renverrait le résultat : une photo d’une plante robuste sur la terre rouge, la première preuve de vie sur Mars.

L’idée était que ce coup de pub éveille beaucoup l’attention, et fasse renaître l’excitation collective autour des voyages dans l’espace, donne envie à plein d’enfants de faire carrière dans l’aérospatial – en outre, Musk espérait que ce renouveau d’intérêt public permettrait l’augmentation du budget de la NASA. Musk croyait – et croit toujours – que 0,25% du PIB, soit environ 1% du budget public, devrait être destiné à l’espace. Il dit clairement qu’il ne propose pas un retour à 4% du budget comme dans les années 1960, mais simplement une augmentation par rapport au 0,05% actuel. Avec 1%, dit-il, on peut acheter une assurance-vie.

Musk, qui décompressait alors que la vente de PayPal à Ebay s’approchait, a rassemblé une équipe de personnes pour travailler avec lui sur le projet de l’Oasis Mars. Pour que ce projet se concrétise, il aurait besoin d’une fusée, que Musk achèterait avec une partie des gains de la vente de PayPal. La fusée la moins chère coûtait à l’époque 65 millions de dollars, mais en Russie une fusée d’occasion serait bien meilleur marché –  Musk est donc parti en Russie pour négocier l’achat de trois missiles balistiques intercontinentaux reconditionnés. Musk voulait avoir les trois pour 20 millions de dollars, mais les Russes voulaient plus. Il a quitté le pays les mains vides.

C’est ainsi qu’il a pris sa décision – il allait la construire lui-même.

Pas le projet de la base – le gros projet.

Il venait de passer des mois à dévorer tout ce qu’il trouvait sur la technologie des fusées et ce dont il aurait besoin pour en faire une lui-même, et il pensait que c’était possible.

Il allait envoyer un million de personnes sur Mars.

Note de Mindful News: cet article est en cinq chapitres, nous sommes en train de terminer la version finale des autres parties et nous les publierons sous peu.


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